Le temps, la ville et l’urbaniste

28 mai 2007

Vers une société de pleine activité

Publié par alias dans Economie & clusters

Pour un peu, on aurait presque oublié le lundi de Pentecôte, cette fameuse « journée de solidarité » créée par Thierry Breton et destinée à financer la prise en charge des personnes âgées, victimes de la canicule de l’été 2003. Après ce terrible événement, le premier geste de solidarité aurait été d’agir sur ses causes profondes pour éviter qu’il puisse se reproduire, c’est-à-dire se lancer dans une véritable politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais, comme en matière de santé, la vision de court-terme conduit à ne traiter que les symptômes, en oubliant les causes.

L’attention s’est donc concentrée sur un seul aspect du problème : les conditions de vie des plus fragiles, seniors et handicapés. Cette question est à l’évidence de première importance : notre capacité à être solidaires de nos anciens est un élément déterminant de la société dans laquelle nous évoluons. Mais cette solidarité entre générations ne peut-elle être renforcée que par le seul aspect pécuniaire ? D’autres formes d’échanges, comme le temps libre passé auprès des plus âgés, ne sont-ils pas des moyens tout aussi valables, si ce n’est davantage, d’améliorer la vie de ces derniers ? Ceci nous renvoie à une question plus générale : faut-il travailler plus pour obtenir une meilleure qualité de vie ?

On peut légitimement en douter : à l’évidence, nous sommes infiniment plus riches que lorsque la semaine de travail était de 48h, plus encore que lorsqu’elle n’avait aucune limite de temps. Et la diminution du temps de travail est une tendance historique à laquelle aucun pays n’échappe. En 2006, alors que la loi sur les 35 heures est presque entièrement démantelée, on ne travaille que 36,4 h par semaine en moyenne. Pour les grands pourfendeurs de l’exception française, il est bon de comparer ce chiffre aux 36,5 h des anglais et aux 34,5 h des allemands, sans parler des 29,8 heures des hollandais… A l’heure du retour orchestré de la « valeur travail », il ne faudrait pas oublier que notre économie de services repose essentiellement sur les loisirs des autres. Les économistes, même les plus orthodoxes, ont depuis longtemps compris que le temps libre est un puissant stimulant de la demande, donc de l’activité. Plus important encore, le temps libre ne se résume pas à l’oisiveté : il permet de se consacrer à des formes d’activité non rémunérées (art, vie associative, etc), de multiplier les échanges entre les personnes. Or la qualité de vie dépend directement de cette richesse intérieure et personnelle. C’est pourquoi les verts proposent notamment d’aller vers une déconnexion de l’emploi et du revenu, par la mise en place d’un revenu social garanti. Nous promouvons une société de pleine activité, et non de plein emploi.

Il s’agit d’élaborer un projet de société où l’on cesse de raisonner en trois temps de vie quasiment hermétiques : les études, la vie active et la retraite, mais au contraire où l’on établit des passerelles entre ces moments. C’est notamment en sécurisant les parcours professionnel que nous pourrons tendre vers une société du temps choisi. Il faut, par exemple, inventer des dispositifs pour que les droits à la formation acquis individuellement lorsque l’on travaille soient utilisables pendant les périodes chômées. Une des mesures serait de permettre à tous les ménages de faire appel à des aides à domicile, sous forme d’exonération mais aussi de crédits fiscaux, à condition de faire appel à une structure intermédiaire, une association spécialisée dans l’aide à domicile, ceci afin d’éviter les temps partiels subis et permettre une valorisation de ces métiers.

Nous souhaitons également accorder une allocation d’autonomie aux jeunes afin qu’ils puissent suivre leurs études et ne pas prendre des emplois au détriment des chômeurs peu qualifiés, dont la prise en charge est beaucoup plus coûteuse à la société. Nous proposons de moduler les cotisations sociales des entreprises, non pas au niveau du SMIC, mais sur une échelle de salaires comprise entre 1,5 à 2 fois le SMIC : ceci afin d’éviter l’écueil des trappes à bas salaires et de redonner du pouvoir d’achat, et ainsi sortir d’une trop longue période de désinflation compétitive. A l’heure actuelle, si l’impôt sur les bénéfices est de 37% en France et de 12% en Irlande, un ouvrier français coûte beaucoup moins cher du fait de la modération des salaires depuis 1983. L’espace économique existe pour rehausser les salaires les plus faibles ; mais il convient, en parallèle, d’avancer vers une harmonisation fiscale européenne et de lutter contre les paradis fiscaux.

Est-ce normal que 85 milliards d’euros aillent directement rémunérer actionnaires et fonds de pension, au détriment de notre capacité d’investissement collectif ? Ou que seuls 3% des contribuables aient profité de près de la moitié de la baisse d’impôt sur le revenu ? Le gouvernement, en abaissant les prélèvements sur les revenus du capital et en réduisant l’impôt sur le revenu, n’a fait qu’accroître les inégalités. La question du financement de l’Etat et de la protection sociale est pourant éminemment centrale. Et que dire de la politique de l’Etat consistant à transférer des charges aux collectivités locales sans que les ressources suivent, ce qui contraint ces dernières à accroître les impôts locaux, les plus injustes fiscalement car les moins liés aux revenus et les moins redistributifs ? Revenir sur les baisses d’impôt des dernières années permettrait à l’Etat de retrouver 50 milliards d’euros de 2007 à 2012. Nous devrions également rendre la CSG progressive afin de taxer davantage les revenus des capitaux et intégrer les plus values réalisées sur la vente de produits financiers ou immobiliers dans l’impôt sur le revenu des personnes et sur les sociétés pour les entreprises.

L’immobilier est également un facteur clé de toute politique financière. Après la déception générée par la spéculation boursière, le logement apparaît de nouveau comme un placement sûr, au point d’attirer les fonds de pensions étrangers. A Paris, les ventes aux étrangers représentent ainsi 8,7% des transactions, et contribuent directement à augmenter la pression sur les prix. La financiarisation de l’économie joue ici aussi son mauvais rôle : Jean Pierre Raffarin a offert aux grandes sociétés foncières la possibilité de se transformer en Sociétés Immobilières d’Investissement Côté (SIIC), exonérés d’impôt sur les plus values et bénéfices. Les souscripteurs peuvent ouvrir un PEA, également exonéré d’impôt. Les actionnaires étrangers sont quant à eux souvent imposés dans leur pays d’origine et non en France, traduisant un manque à gagner considérable pour l’Etat et, finalement, un encouragement à de nouvelles ventes à la découpe. Et pendant ce temps, on assiste à un démantèlement du livret A, sur lequel reposait le financement de la construction des logements sociaux.

On le voit, les politiques fiscales et la forme ou encore l’assiette des prélèvements conditionnent la répartition des richesses et la capacité d’un pays à développer la protection sociale des plus pauvres, l’éducation, la recherche, la santé, le logement ou encore la protection de l’environnement. La fonction publique a en particulier un rôle essentiel à jouer en termes d’aménagement du territoire (maintien des hôpitaux, attractivité pour les entreprises…). S’il convient de bien gérer les deniers publics, les emplois publics demeurent essentiels pour assurer une cohésion et égalité sociale et territoriale, et concrétiser la volonté de solidarité entre tous. Tout ceci ne doit pour autant pas faire oublier que les relations humaines ne se réduisent pas uniquement à des flux monétaires, et que c’est la qualité des relations que nous entretenons entre individus qui fonde le caractère durable de la société et de la démocratie.

22 mai 2007

Poussières d’étoiles

Publié par alias dans Aménagement & urba

Actuellement, 50 à 100 espèces disparaissent chaque jour. À cette vitesse, la Terre perdra un quart des espèces existantes d’ici 2020 et la moitié d’ici 2050, selon les scientifiques ; mais cela ne sera pas sans conséquences pour l’être humain… Si ce sujet vous intéresse, la maison des oiseaux, projet porté par Yves Contassot et les riverains, organise une journée Paris nature dimanche 27 mai, 6 rue des Arènes Paris 5e. Animaux, mers, forêts, atmosphère : tous les éléments de notre environnement sont aujourd’hui soumis à des dégradations constantes et, pour certaines, irréversibles. Or, que ce soit en tant que garante du dynamisme des éco-systèmes ou des ressources futures, chaque espèce animale ou végétale est potentiellement un élément décisif pour l’avenir de l’humanité.

Malgré cette évidence, l’homme menace aujourd’hui directement la biodiversité, indirectement via le réchauffement climatique, et directement par ses activités : surexploitation des ressources halieutiques, pollution des eaux douces et marées noires, déforestation pour l’exploitation commerciale du bois ou agricole, méthodes de culture et chasse/pêche intensives, cultures d’ogm en plein champ, urbanisation sauvage et délocalisation des activités. Le résultat de tout ceci est en passe de prendre de sérieuses proportions.

Ainsi, une espèce d’amphibiens sur 3, une espèce de mammifères sur 4 et une espèce d’oiseaux sur 8 devront faire face à un risque élevé d’extinction dans un futur proche. Parmi les mammifères menacés se trouvent les lions d’Afrique et d’Asie, les orangs-outans, les tigres, les alligators de Chine. En Europe : le vison d’Europe, le renard polaire, plusieurs variétés d’écureuils et de lézards, et tous les dauphins, phoques et baleines.

Un tiers des récifs coralliens dans le monde sont déjà morts et un deuxième tiers est menacé. Selon les estimations de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), plus de 70% des espèces de poissons du monde sont pleinement exploitées ou épuisées comme le cabillaud, l’églefin, le merlan, le colin et d’autres poissons ronds, ainsi que le saumon et la truite de mer. Le nombre croissant de techniques de pêches destructrices a pour conséquence la destruction des mammifères marins et d’écosystèmes entiers.

Toujours, selon la FAO, il y a chaque année depuis 1990 une perte nette de 9,4 millions d’hectares de forêts soit 0,22 % de la surface forestière par an, dont la plus grande partie est constituée par des forêts tropicales naturelles. Aux Philippines en particulier, la forêt est passée d’un taux de recouvrement de 50 % de la surface du pays à moins de 24 % en 40 ans. Au cours des années 80-90, 14 % de la forêt amazonienne brésilienne a été défrichée.

Malgré la sévérité des dégâts subis à l’encontre de la biodiversité, il est encore possible d’agir. L’homme a un rôle important à jouer afin de garantir la diversité écologique et génétique. Nous nous engageons à mettre en oeuvre, sur ce thème précis, un ensemble de mesures concrètes, applicables rapidement.

Nous avons pour projet d’« écologiser » les politiques sectorielles en plaçant « la question environnementale » dans toutes les politiques publiques. En particulier l’éco-conditionnalité deviendra un élément à part entière de tous les appels d’offres publics, et la charte de l’environnement sera renforcée, dotée d’un principe pollueur-payeur effectif.

Un pré requis à toute action est de mettre un terme aux projets destructeurs, comme le projet d’extension du Port Autonome de Nantes-St Nazaire sur les vasières de Donges-est ou le projet autoroutier qui doit traverser l’estuaire de la Charente et le Marais Poitevin. Plus généralement, il importe de renforcer la protection de tous les d’espaces protégés, à l’intérieur comme sur le littoral (Parc Naturel de Mer d’Iroise, des Calanques de Marseille, Zones Natura 2000 en Camargue, Var,…) ainsi que toutes les velléités de projets de renaturation (littoral haut-normand, réestuarisation de fleuves côtiers) et compléter le Plan Rhône sur le modèle des actions déjà engagées sur les grands fleuves européens (Loire, Rhin, Elbe,…).

Enfin, nous proposerons une loi-cadre destinée à rénover la loi sur la protection de la nature du 10 juillet 1976. Ses points-clés seront les suivants : – la transcription rapide du droit Communautaire et une application sans failles du droit déjà existant (ce dernier point implique notamment une formation des juges et de forces de police en matière d’environnement) ; – une réforme des processus d’étude d’impact, d’enquête publique, révision du rôle des commissaires-enquêteurs. Ces processus deront mieux respecter les contre-pouvoirs associatifs et le principe de contre-expertise indépendante ; – le rétablissement de la dotation de l’Etat aux établissements Publics ONCFS, CSP/ONEMA, ONF et de l’aide aux associations de Protection de la Nature. – une écologisation des quatre taxes locales, une augmentation et une péréquation nationale de la TDENS (taxe départementale sur les espaces naturels sensibles) ; – la création de taxes sur la détérioration de nature (sur les péages, sur le bâti, sur les surfaces imperméabilisées) pour alimenter un fonds de restauration de la nature ; – la création d’un corps A de l’environnement et la requalification statutaire et fonctionnelle des contractuels de l’environnement, injustement oubliés par la « loi Le Pors » en 1983. – la mise en place d’un plan d’éducation à l’environnement et à la nature (EDEN), pour assurer en priorité aux aménageurs, élus, exécutifs et cadres de la fonction publique une solide formation à l’environnement. – le développement et le renforcement du plan d’action en faveur des forêts tropicales (dont le partenariat pour les bassins du Congo et de l’Amazone), soutien des peuples autochtones, protection des écosystèmes et les espèces des pays en développement.

Seule une loi transversale instaurant l’organisation de la protection et gestion de la nature, le développement d’un schéma de services des espaces naturels, une régulation de l’usage et de la requalification des sols, l’éco-conditionnalité des financements publics et une fiscalité écologique permettra de protéger et rétablir la biodiversité.

20 mai 2007

Vers une éducation alternative !

Publié par alias dans Questions sociales

Malgré une montée indéniable du niveau de formation et de qualification des jeunes, de profondes inégalités persistent face aux études : presque 10% d’une classe d’âge sortent encore aujourd’hui du système scolaire sans formation professionnelle et 12% éprouvent des difficultés pour lire des textes nécessaires à leur vie quotidienne. Malgré les multiples réformes visant prétendument à l’égalité des chances, les inégalités du système scolaire se sont accrues, entre les diplômes, entre les bacs, entre les filières donnant un emploi et les autres, entre établissements connus et ceux des banlieues. Il existe aujourd’hui une véritable fracture scolaire.

Afin de résoudre ce dilemme, Luc Ferry initia un Grand débat sur l’avenir de l’école du XXIe siècle, lequel déboucha sur le rapport Thélot puis sur la loi Fillon. Le gouvernement avait alors estimé que l’objectif de l’éducation consisterait à organiser une « économie de la connaissance la plus compétitive possible, capable d’une croissance économique durable ». Nous, écologistes, sommes opposés à cette vision de la société, en accord avec notre lutte contre cette idéologie de la croissance aveugle et de la compétition.

On ne peut que déplorer le fait que le précédent rapport Thélot n’ait pas su aborder le problème du fonctionnement de l’institution et son organisation pyramidale peu démocratique. Pour les Verts, l’autonomie des établissements reste une piste à explorer, à condition bien sûr qu’elle ne soit pas synonyme d’inégalités territoriales, de démantèlement du service public, et puisse s’inscrire dans un cadre national solidaire. Du côté des apprentissages, ont été oubliés les modes d’appropriation des connaissances par les élèves et la cohérence des enseignements entre eux. Comme par hasard, les initiatives comme les Itinéraires de découverte, les TPE, qui avaient permis de développer l’autonomie des élèves, tout comme les pratiques innovantes et coopérantes, ont été négligées.

Quant à la loi Fillon actuellement en vigueur, lorsqu’elle ne contredit pas le rapport Thélot, elle le pervertit dans un sens réactionnaire. Monsieur Fillon, actuel premier ministre, n’a pas su entendre l’envie d’apprendre des élèves, leur recherche de responsabilité et d’autonomie. Les maîtres mots de son texte ne furent que : sélectionner, punir, répéter. Ainsi, au lieu d’une pédagogie différenciée, le Ministre a mis en place une option professionnelle qui devient un pré-choix et dont on peut deviner qu’elle concerne d’abord les élèves en échec. De même, au lieu d’une éducation du citoyen, le nouveau brevet des collèges comportera une note de conduite. Quand le rapport insistait sur l’aide la plus rapide possible aux élèves en difficulté et n’envisageait le doublement qu’en fin de cycle et en dernier recours, M.Fillon, lui n’a su envisager que des doublements.

Enfin et surtout, alors que le rapport réclamait une loi de programmation et attachait une grande importance aux moyens mis en œuvre en dehors des situations d’enseignement pour aider les élèves dans leurs apprentissages, le ministre Fillon s’est lancé dans la purge des moyens de l’Education Nationale, tout en confortant les pratiques les plus rétrogrades de retour à l’ordre. Et par le truchement d’un contrat individuel de réussite éducative, il fait assumer, sans les aider, la responsabilité de la lutte contre l’échec scolaire aux équipes éducatives, aux parents et à l’élève. 

La société n’est pourtant pas sans ressources. En particulier, les mouvements du printemps 2003, au-delà des revendications sur les retraites et la décentralisation, ont contribué à l’émergence de nouvelles réflexions sur l’enseignement. Solidaires et présents sur le terrains, les Verts ont soutenu et continueront à soutenir tous ceux qui, par leur mobilisation, montreront qu’ils ont une autre vision de l’école, construite indépendamment des impératifs économiques et des besoins du marché, et permettant l’épanouissement et la réussite de tous. Cela passe notamment par la protection des lycéens sans papiers qui vivent dans l’insécurité liée au risque d’expulsion (RESF).

Nous, les Verts, voulons rendre à l’acte d’éduquer sa place primordiale. Une autre école est possible : laïque, populaire, coopérative, émancipatrice, cette école existe depuis des décennies. Les Verts appellent à une réorientation radicale des mesures mises en oeuvre, en concertation avec tous les partenaires concernés. L’éducation ne doit pas être un système établissant un modèle unique du lycéen standard, mais doit prendre en compte la diversité de chacun et l’enrichissement collectif qu’elle génère, respecter les différences de rythmes, intégrer un fonctionnement démocratique sur le mode participatif, développer la richesse de l’offre en matière d’enseignement.

Le respect de ces principes peut seul permettre de construire une école à la hauteur de l’enjeu, en adéquation avec les attentes de notre société. Des pédagogies coopératives telles que la méthode Freinet, Montessori, Steiner ou Decroly les mettent en oeuvre au quotidien. En reconnaissant les enfants comme auteurs de leur devenir et capables de choisir, nous leur ouvrons les portes de l’autonomie et la responsabilité.

30 novembre -0001

Chagrin d’école, retour aux lettres

Publié par alias dans Questions sociales

« Chagrin d’école”. Le livre de Daniel Pennac. Son approche est intéressante car elle se veut pragmatique. Son interrogation porte sur l’état d’esprit du cancre, qu’il fut, avant de devenir professeur de français. L’ouvrage aurait mérité de gagner en concision mais il se lit agréablement, dans la belle collection couleur crème de Gallimard.

J’aurais appris que lorsqu’un enfant pleure, seul le rire est en passe de le consoler momentanément….ou bien que des “petits” sont en mesure de corriger des “grands”. Les élèves qui s’adaptent le mieux du passage d’un cours à un autre sont ceux qui réussiront le mieux ; ceci grâce à leur  »vitesse d’incarnation », cette faculté de se concentrer pleinement en changeant rapidement de sujet. Il évoquera aussi ce sentiment d’emprisonnement qu’éprouvent parfois les enseignants à voir leurs classes tourner tandis qu’ils se doivent de rester fidèles à leur poste.

L’auteur effectue des vas et viens constants entre son enfance d’élève et sa vie adulte d’enseignant. Il nous invite ainsi à le suivre et à co-réaliser ces sauts dans le temps : le vieux dictionnaire qui aura fait toute les guerres, l’hystérie ou la trop fort absence de parents désemparés, la fatigue des enseignants à franchir le choc du savoir contre l’ignorance, les méfaits de la société de consommation et la violence médiatique…

Le temps, voici une question essentielle. Celui des enfants n’est pas celui des adultes et toute comparaison apparaîtrait comme superfétatoire. Le problème des cancres tient au fait qu’ils ne croient plus en leur devenir, ils se retrouvent ainsi piégés dans un présent sans temporalité, glacé et éternel, dans une sorte de vide uchronique, une absence de sens.

J’ai retrouvé dans ces écrits toute une série d’expressions ou d’attitudes qu’ont pu tenir  »mes » jeunes de « nos » cités reléguées, avec la fameuse interpellation conclusive  »M’dame, moi, je sais que je vais finir SDF”. N’y aurait-il plus rien à dire ou à faire ? A moins de reprendre les fameuses bases, les fondamentaux afin qu’ils puissent comprendre puis maîtriser leur langue.

Je me souviens avoir demandé à l’un d’entre eux, tenus en “colle vacancière”, d’écrire une courte phrase de son cru sur le tableau noir. Au bas mot, il devait y avoir autant de fautes que de mots, mais je n’y avais pas prêté attention, remettant cela à plus tard. L’important était de rétablir le dialogue. 

En fin d’après midi, la directrice franchit le pas de la porte et s’esclaffa devant autant de maladresses…ou d’incompréhensions. Tête baissée, penaud, l’enfant, après avoir pris le risque d’écrire quelque chose tout en reconnaissant ne pas savoir, éprouvait la honte de s’être ainsi livré publiquement. Tout était à refaire…

Daniel Pennac estime que l’avenir de ces enfants n’est pas tracé et qu’une poignée de rencontres “heureuses” peut les prévenir d’une vie essaimée d’échecs, dans lesquels les parents se seraient peut-être un peu trop projetés. Foncièrement optimiste, il se veut rassurant. 

Il aurait sans doute proposé que les enfants se filment entre eux, puis projeté le film inlassablement jusqu’à ce que les jeunes  »apprennent à écouter le visage de l’autre » et découvrent ainsi « la complexité ». La solution résiderait dans une attitude bienveillante des adultes, l’amour, ainsi que le pensionnat en semaine, la famille le week-end…histoire que l’enfant ne se perde plus en élucubrations entre famille et corps professoral…

30 novembre -0001

Mont blanc

Publié par alias dans Escapades

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