Le temps, la ville et l’urbaniste

8 mai 2012

« Et si la France s’éveillait… »

Publié par alias dans Partis & élus

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« Ce ne sont pas les discours les plus maximalistes qui mènent aux politiques réformistes les plus avancées » écrira Gérard Collomb dans son ouvrage « Et si la France s’éveillait… ».

« Changer la vie, la France unie, la fracture sociale, la rupture, chaque fois une déception ! Nous avons donc, vis-à-vis de nos concitoyens, un devoir de vérité.» voici une éclairante synthèse des cycles électoraux et de nouveau, ce fameux devoir de vérité. François Fillon n’a-t-il pas également intitulé son ouvrage « La France peut supporter la vérité », mais existe-t-il seulement une Vérité ?

Il critique la vision dépassée d’une social-démocratie classique fondée sur l’intervention de l’Etat par la redistribution et la réglementation et propose d’inventer un nouveau modèle susceptible de « garantir un niveau de vie et un modèle social par un modèle économique viable ».  Il précisera que lorsque « la crise financière éclata à l’automne 2008, le chef de l’Etat prit d’urgence des mesures qui, avouons le, ne furent pas les pires de sa présidence. Les fondements du plan de relance n’étaient pas absurdes : accroître l’investissement public pour éviter que l’activité ne s’effondre et laisser le modèle social français jouer le rôle d’amortisseur».  

Je partage son avis sur les limites de la relance par la consommation et la nécessité de soutenir l’économie par l’investissement (cf  mes articles : « Pouvoirs d’achat, pour consommer des biens délocalisés ? » et « Pourquoi faut-il soutenir nos industries et la R&D ? »). Concernant le soutien à la recherche et l’innovation au niveau européen, son programme rejoint celui d’Europe Ecologie.

Je ne partage pas du tout son opinion lorsqu’il dit que l’Ile-de-France est restée trop longtemps à l’écart du mouvement d’intercommunalité, ce qui montre une méconnaissance du sujet. Il estime que l’intercommunalité serait un outil de péréquation indispensable en IDF,  sauf  qu’il existe le FSRIF, la volonté politique peut largement suffire si elle existe, l’institution est à mon avis bien secondaire (cf mon article « La naissance du Syndicat mixte Paris Métropole »).

Il considère les collectivités comme des « contre-pouvoirs ». « La conception nationale pyramidale et parisianiste du pouvoir ne fonctionne plus. Le bon système de gouvernance consiste moins à imposer qu’à savoir fédérer ». Lorsque l’on sait à quel point le Grand Lyon est une institution verticale, comparée à la Ville de Paris bien plus horizontale, sa remarque me laisse pantoise…L’ouvrage de Paul Boino précisera par ailleurs que le Grand Lyon ne fédère pas, mais construit des arrangements individualistes, loin de l’intérêt commun.

De même, il déplore le fait que le parti socialiste « néglige le mouvement social représenté par les syndicats, le mouvement mutualiste, le mouvement coopératif, fondements essentiels de la social-démocratie originelle » qu’il appelle de ses vœux. « Ce qui fait problème à gauche, ce n’est pas les finalités, ce sont les moyens…La gauche n’est plus crédible sur le terrain des leviers et des moyens d’actions concrets ». En effet ! Pourquoi dans ce cas n’avoir pas intégré les syndicats dans Lyon Ville de l’entrepreunariat (LVE) ?

Gérard Collomb propose pour les salariés comme pour les entreprises un renforcement de la formation, soit la mise en place de la flexisécurité à la danoise. Sa motivation est par contre beaucoup plus surprenante : « Renforcer la formation de manière à augmenter la productivité salariale, seule à même de rendre soutenables de hauts niveaux de salaires ». Or, la flexisécurité devrait permettre de lutter en premier lieu contre le chômage en aidant les personnes peu qualifiées à dépasser les minsky moment…

D’ailleurs, son propos entre en contradiction avec la pensée politique de Saint Simon, auquel il dit se rattacher. Dans “Le nouveau christianisme”, Saint Simon écrira dans son premier dialogue « les hommes doivent organiser leur société de la manière qui puisse être la plus avantageuse au plus grand nombre (…), de manière à garantir à la classe la plus pauvre l’amélioration la plus prompte et la plus complète de son existence morale et physique ». Une pensée restant donc à éclaircir…

Gérard Collomb évoque la montée en charge des dépenses de santé liées à l’allongement de la durée de vie,  je n’entrerai pas le débat, mais cette théorie est contestée par les chercheurs du Centre pour la recherche économique et ses applications dirigé par Daniel Cohen. Il justifie le report de l’âge de départ à la retraite, en partie à cause de l’évolution du rapport cotisants/bénéficiaires et parce que l’allongement de la durée de vie provoque un recul structurel de la croissance. Certes, mais il n’évoque pas la solution traitée dans le livre de Gosta Esping-Andersen « Les trois leçons de l’Etat-Providence » : Celle-ci consiste à augmenter fortement le nombre de places en crèches afin de faciliter l’emploi des femmes et financer ainsi le système des retraites.

Concernant son approche du féminisme, il cite des saint-simonniennes, lesquelles ont conçu et réalisé une première revue uniquement par des femmes. Il estime que leur message pourrait encore être repris par de nombreux féministes. Or, Gérard Collomb n’a pas manqué encore très récemment de raillier des élus qui demandèrent à ce que la parité soit mise en œuvre dans les associations d’élus. Et lecture surprenante, il considère Lyon au masculin alors qu’il s’agit d’une ville (p.89).

Il en vient à parler des écologistes, lesquels, selon lui, ne s’intéressaient pas aux questions sociales avant 2008. C’est bien mal les connaître, car tout comme les socialistes, ils sont traversés par des courants divers, d’extrême gauche à centre gauche, pour ne pas dire centre droit. De plus, si les écologistes ont effectivement des préventions vis-à-vis de la science, ils ne remettent pas pour  autant en cause tout progrès scientifique et technique. Les écologistes pensent, comme les chercheurs du Cluster 13 environnement de l’Institut national des sciences appliquées et de technologie de Villeurbanne, qu’il faudrait que les institutions accordent moins d’importance à la technique mais davantage à la science des usages.

Il estime qu’il existe chez une partie des écologistes une position de retrait par rapport à l’humanisme qui fait débat. « L’humanité n’est pas une espèce comme les autres, tel me semble être le fondement de l’humanisme ». Je dois bien reconnaître qu’il a en partie raison et que certains écolos de droite font passer la nature avant l’homme. Pour autant, je suis surprise d’entendre encore les responsables du pôle écologique dire que  «L’homme est un être supérieur et ne peut dépendre des êtres vivants inférieurs ». Conditionner la survie de l’humanité à la préservation de la biodiversité sur Terre serait jugé trop vert pour être socialiste…Gérard Collomb écrit que « l’espèce humaine ne se pose jamais que des questions qu’elle est en capacité de résoudre » avant d’évoquer «la question sociale » puis « le problème écologique », on ne peut qu’y voir un certain malaise… 

Les écologistes, au nom de la défense de l’émergence culturelle, dénonceraient les grandes institutions, les grands noms de la culture. « Je vois cette sensibilité monter dans ma région, et dans un certain nombre d’autres. Il faudrait n’aider que les petits ». Les écologistes portent souvent les grands noms de la culture, d’ailleurs, sociologiquement, les écologistes sont des cultureux. Il s’agit du parti politique où les militants sont les plus diplômés. Ils ne vont donc pas se couper de la culture, même si certains, notamment ceux d’extrêmes gauches ex soixante-huitards peuvent entretenir un rapport complexe avec le passé et tomber dans la facilité de vouloir en faire table rase. Il est vrai que les écologistes sont fascinés par la marge, ce qui n’est pas le cas du parti socialiste. Les écologistes sont girondins alors que le parti socialiste hérite d’une tradition jacobine.  

2 mai 2012

Gérard Collomb serait « néolibéral » selon une publication du Grand Lyon

Publié par alias dans Aménagement & urba, Partis & élus

« L’auto-critique » me paraît sévère : Le Président du Grand Lyon conduirait une politique dont les conséquences seraient néolibérales/néoclassiques, qualifiées de « ricardiennes », selon un ouvrage dirigé par le directeur de l’Institut d’urbanisme de Lyon (Paul Boino, membre de la fédé PS du Rhône), co-publié en 2009 par le PUCA et le Grand Lyon.

Le mode opératoire du Grand Lyon serait en rupture radicale avec le modèle classique de l’action publique qui, via l’impôt, conduit à neutraliser les intérêts individuels. Il s’écarterait également du modèle mutualiste qui octroie les contributions de tous à ceux qui en ont besoin, ou encore du modèle coopératif, qui unit les efforts de chacun dans une entreprise commune à la condition que chacun abdique une partie de son autonomie individuelle (p.227). 

Sa politique a certes en commun avec le keynésianisme de permettre de créer de l’emploi et donc de lutter contre le chômage, il utilise aussi la dépense publique pour soutenir l’activité économique ; pour autant son mode d’action ne contrebalance pas les cycles économiques, il ne résorbe pas les déséquilibres qu’engendrent les seules logiques de l’offre et de la demande et ne s’inscrit pas dans une politique d’allocation des ressources en fonction de la demande mais bien davantage dans une politique de l’offre qui bâtit, non pas seulement, mais surtout, ce qui est économiquement rentable (p.241). Ainsi, son mode d’action ne répond pas à certains enjeux majeurs : la ville non pas pour les seuls ménages solvables mais pour tous.

Corrélativement, ce qui est produit ne rend pas compte d’un intérêt général, qu’il soit défini comme relevant du choix discrétionnaire d’une autorité politique de tutelle ou de l’analyse surplombant des besoins d’un territoire donné. Il ne rend pas compte non plus d’un intérêt commun car les accords restent discutables, d’où leur fragilité face au débat contradictoire et la nécessité d’en organiser la présentation contrôlée au public ou plutôt à des publics choisis. (Lire la suite…)

6 novembre 2011

Le mal de Maire

Publié par alias dans Partis & élus

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25 septembre 2011

Communication pré-électorale : les Présidentielles (22/04/2012)

Publié par alias dans Partis & élus

Les campagnes de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d’une collectivité sont prohibées depuis le 1er octobre 2006 pour l’élection du Président de la République, mais uniquement si elles sont en lien avec ces élections. Pour qu’une campagne de promotion publicitaire illégale constitue un don interdit à la campagne présidentielle, il suffit désormais que la campagne de promotion de la collectivité développe des thèmes en rapport avec ceux développés par le candidat à la Présidentielle (cf arrêt CE : Elections régionales d’Ile-de-France du 4 juillet 2011).

Le deuxième alinéa de l’article L. 52-1 du code électoral précise qu’à compter du premier jour du sixième mois précédant le mois au cours duquel il doit être procédé à des élections générales, aucune campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d’une collectivité ne peut être organisée sur le territoire des collectivités intéressées par le scrutin. L’interdiction énoncée à l’article L. 52-1 du code électoral a été rendue applicable à l’élection du Président de la République par l’article 3-II de la loi n° 62-1292 du 6 novembre 1962 modifiée relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel.

Ces dispositions s’appliquent cependant aux seules actions qui ont un lien avec l’élection en cause. A titre d’exemple, un bulletin municipal qui ne comporte pas d’éléments constitutifs d’une campagne de promotion publicitaire ayant un lien avec l’élection présidentielle ne tombe pas sous le coup de l’interdiction posée par l’article L. 52-1 du code électoral. (Références QE de Jean – Louis Masson, JO du Sénat du 1er février 2007, p. 2751, n° 25139)

Aucune disposition ne contraint les collectivités à cesser toute action de communication à l’approche des élections. Le juge se prononce sur la nature de la campagne de communication. Une publication « qui intéresse directement » une campagne d’un candidat est constitutive d’un don prohibé par l’alinéa 2 de l’article L. 52-8 du Code électoral (CE, 8 juin 2005, « Elect. canton. Villeneuve-sur-Lot Nord), la violation de cette disposition ayant notamment pour conséquence l’intégration des dépenses engagées dans les comptes de campagne du candidat. (Références QE n° 12714 de Hervé Maurey, JO Sénat 5 août 2010).

Depuis l’« arrêt Huchon », pour qu’une campagne de promotion publicitaire illégale (en vertu de l’article L.52-1) constitue également un don interdit à la campagne de l’élu sortant (en vertu de l’article L.52-8), il n’est plus requis que ladite campagne fasse référence à la candidature de cet élu (jurisprudence de 2005), ni même que l’élu sortant reproduise, dans le cadre de ses documents de campagne, le support de communication élaboré par la collectivité (jurisprudence de 2009), mais seulement que la campagne de promotion publicitaire développe des thèmes «en rapport» avec ceux développés ensuite par le candidat.

2 février 2011

Edouard Herriot ou le radicalisme qui se voulait de gauche

Publié par alias dans Partis & élus

Le parti radical a la certitude d’un lien étroit entre progrès intellectuel, matériel et social. Les radicaux se définissent comme des pragmatiques, mais la foi dans le progrès indéfini  leurfait reconnaître à l’utopie un droit de cité dans la République. Selon Louis Lafferre, « Il est conforme à l’esprit scientifique  de ne jamais déclarer que ce que l’on appelle l’utopie d’aujourd’hui ne deviendra pas la vérité de demain ». 

Si beaucoup de courant politiques se réclament des principes de 1789, les radicaux s’en jugent les héritiers les plus conséquents et l’anticléricalisme va devenir une composante essentielle du républicanisme.  Le suffrage universel doit permettre la réalisation de réformes : la liberté d’association, réforme fiscale, instruction gratuite et obligatoire, égalité devant le service militaire, nationalisation des mines et des chemins de fer.  « Dans notre pays, déclare Herriot, notre démocratie ne sera pas entièrement fondée tant que l’accession à l’enseignement secondaire sera déterminée par la fortune des parents et non le mérite des enfants ».

L’Etat doit faciliter l’accès du crédit aux paysans, aux artisans, aux associations de producteurs. La propriété, base de l’indépendance et de la liberté, ne doit pas disparaître, comme le voudraient les communistes, mais être rendue accessible à tous.  La République doit encourager « tout effort, soit individuel, soit collectif ayant pour objet de faire graduellement disparaître le prolétariat, d’élever le travailleur de la condition de salarié à celle d’associé, de rendre de plus en plus accessible la jouissance du droit de propriété ». Ce rêve de l’abolition du salariat est resté un thème rhétorique, il est la transposition, dans le domaine de l’utopie, des conditions d’existence des classes moyennes dont le parti radical tire l’essentiel de ses énergies militantes.  

Artisans et boutiquiers forment, avec les fonctionnaires, le gros de la clientèle des comités urbains. L’affaire Dreyfus a fait entrer beaucoup d’universitaires en politique active, tel qu’Edouard Herriot, lequel accède à la Mairie de Lyon en 1905. Plus encore que celle des professeurs, la République radicale de la Belle époque est celle des médecins et surtout des avocats et des journalistes. Si la tradition gérontocratique du parti relève du mythe, son antiféminisme est bien réel. Les femmes auraient «  une sensibilité plus accessible aux impulsions nerveuses et sentimentales qu’aux arguments logiques » déclarera un de leur député en 1925. Le parti radical ne pouvait cependant se définir comme un parti de classe car il militait pour la disparition des distinctions de classe. 

Les radicaux réclament la réglementation de la durée du travail, la création de caisses de retraites, l’impôt progressif, l’augmentation des droits de succession, l’allégement de la fiscalité directe. « La nation ne jouira de la paix que lorsqu’elle aura créé un ensemble complet d’assurances qui garantisse tout individu contre les risques de la maladie, des accidents, du chômage, de l’invalidité, de la vieillesse. »

Finalement, les opportunistes feront voter les grandes lois libérales sur la presse et les réunions publiques (1881) mais ils estimeront avoir accompli leurs devoirs envers le peuple en lui accordant la gratuité de l’enseignement et le droit syndical (1884), et ne doteront pas la France d’un système d’assurances sociales.

Parti plein de paradoxe, c’est une équipe à forte coloration maçonnique, recrutée dans la fraction la plus pâle du radicalisme, qui déposera pourtant le projet Doumer d’impôt sur le revenu, lequel déchaînera l’opposition en interne des adversaires de « l’inquisition fiscale » (1896). On annoncera alors un projet de réforme fiscale « sans vexation ni inquisition », c’est-à-dire sans déclaration obligatoire des revenus.

Les projets de prélèvement sur les fortunes soutenus par les socialistes et certains radicaux, l’irritation des catholiques que leurs journaux dissuadent de faire crédit à un gouvernement sectaire dressent contre le gouvernement d’Herriot ce qu’il appellera « le mur de l’argent » : les capitaux fuient à l’étranger, les demandes de remboursement de bons du Trésor se multiplient, l’emprunt de novembre 1924 échoue. Contrat de mener une politique plus droitière qu’il ne l’aurait souhaité, Herriot, qui se sait condamné et veut « tomber à gauche », se rallie à la thèse socialiste de l’impôt sur le capital en mars 1925. Cela ne l’empêche pas d’être en guerre avec les socialistes, qu’il considère au conseil municipal de Lyon de « révolutionnaires en peau de lapin » ou d’être débordé sur sa gauche par son ancien élève d’histoire, Daladier également lyonnais.

Gambetta subordonnera le progrès social aux transformations politiques.

L’application la plus radicale du suffrage universel n’est pas compatible avec l’existence d’un Sénat et d’un Président de la République. A quelques exceptions près (Poincaré, Millerand), le Parlement évitera d’envoyer à l’Elysée des personnalités de premier plan. Le vrai chef de l’exécutif est le président du Conseil, responsable, comme ses ministres, devant les Chambres. L’existence d’une Chambre haute capable de résister aux éventuelles impulsions démagogiques des députés élus au suffrage universel a été voulue par les orléanistes, acceptées dès le début par les républicains modérés, longtemps contestée par les radicaux qui s’y rallient vers la fin du siècle, avant de dominer eux-mêmes le Sénat. La révision de 1884 fera tout de même disparaître les sénateurs inamovibles.

Les radicaux sont partisans de la décentralisation et voteront les élections des Maires (1882). Mais instruits par l’expérience de la guerre, les opportunistes découvriront les avantages de la centralisation, et les radicaux s’en accommoderont pareillement quand ils auront le pouvoir. De même, les Préfets devront refuser toute nomination ou promotion de fonctionnaire « ayant manifesté leurs préférences pour des candidats appartenant aux partis hostiles à la République, ou dont les attaches, les relations ou l’attitude vis-à-vis des établissements laïques d’enseignement dénoteraient sans conteste des sentiments réactionnaires ». Les Préfets, précise une circulaire, « doivent la justice à tous, sans distinction de parti », mais leur devoir est de réserver les « faveurs » dont ils disposent « seulement à ceux de leurs administrés qui ont donné des preuves non équivoques de fidélité aux institutions républicaines ».

La politique coloniale sera un terrain d’affrontement. Les radicaux mêleront leurs voix à celles de la droite pour combattre les aventures extérieures. Les conquêtes coloniales seraient un luxe qui fait négliger « la politique du pot-au-feu » (l’école, le progrès social) au profit d’intérêts financiers douteux. Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, les radicaux abandonneront leur intransigeance à mesure qu’ils s’approcheront du pouvoir. En 1946, Camus écrira à leur propos «  La France des boutiquiers, des bureaux de tabac et des banquets législatifs dont ils nous ont gratifiés a fait plus pour énerver les âmes et détendre des énergies que des perversions plus spectaculaires….(…). Les Français sont fatigués des vertus moyennes (…). Ils se détournent des fausses élites parce qu’elles sont d’abord celles de la médiocrité ».

C’était avant que Mendès France ne séduise, sur la base d’un projet de modernisation et de réancrage à gauche du parti, un nouvel électorat dont les jeunes du club des Jacobins créé par Charles Hernu. Mendès France deviendra 1er Vice-Président, Edouard Herriot restant Président à vie. « La fraction la plus intelligente de la bourgeoisie française est en train de reprendre confiance en elle-même » commentera l’Express. Mendès imposera la thèse du parti de rénovation et d’opposition.  Mais les mutations économiques des années 60 précipiteront le déclin des couches sociales sur lesquelles le parti radical s’appuyait traditionnellement. La bipolarisation de la vie politique aura le mot de la fin.

Baas C., Histoire du radicalisme, La Découverte, 1994

 

18 janvier 2011

Laurent Bonnevay : la barre des centristes

Publié par alias dans Partis & élus

Inspirée par les peintres cubistes, l’école de Chicago conceptualisa l’urbanisme sur dalle, la rue à plusieurs niveaux séparant les flux de circulation. L’architecture des immeubles est dotée d’une structure métallique renforçant des blocs de bétons armés et offrant des façades libérées.  Il en ressort une écriture à la Corbusier.

L’après-guerre fut propice à l’expérimentation urbaine sur des lieux abandonnés par l’armée sur Lyon.  Ce renouveau n’aurait été possible sans un portage politique fort, notamment celui du centriste Laurent Bonnevay, à l’origine du périphérique.

A cette époque, ce vent de modernité poussa la SERL à ne pas vouloir toucher aux Minguettes mais plutôt à la rue de Sèze et bon nombre d’architectes rêvaient de pouvoir s’installer dans l’une des fameuses barres de la Duchère.

En quête d’esthétique et soucieux de créer davantage de logements, fascinés par la vitesse mais également porteurs d’un projet trop autoritaire, ils en oublièrent les rapports sociaux. Le concept de mobilité finit par ridiculiser ce courant un peu trop raide. L’année 73 fut la fin du mouvement, marqué par l’arrêt de la croissance urbaine.

A présent, cet urbanisme suscite une double réaction d’attraction et de répulsion, comme à la Duchère, où certaines barres/tours seront conservées et pas d’autres. Selon Jacques Rey, auteur de “Lyon, cité radieuse”, il perdure une idée très lyonnaise : celle de concevoir les mégastructures fonctionnelles, sans penser intégration urbaine et liens sociaux.

23 décembre 2010

La fumeuse « révolte des élites » du New Labour

Publié par alias dans Partis & élus

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Selon Stuart Hall, « Si la gauche ne parvient pas à comprendre le thatchérisme – ce qu’il est, pourquoi il a surgi, quelle est sa spécificité historique, quelles sont les raisons permettant d’expliquer qu’il soit en mesure de redéfinir l’espace politique et de désorganiser la gauche -, alors celle-ci ne pourra pas se renouveler parce qu’elle sera incapable de comprendre le monde dans lequel elle doit vivre, ou qu’elle disparaîtra dans une marginalité définitive. »

Le thatchérisme est apparu dans un conjoncture marquée par la convergence de trois tendances : le déclin structurel de l’économie britannique, lié à l’aggravation de la récession de l’économie capitaliste mondiale ; la faillite du troisième gouvernement travailliste d’après-guerre et la désintégration du consensus social-démocrate qui avait fourni le cadre de la politique britannique depuis 1945 ; et enfin, le retour d’une nouvelle guerre froide.

« Mme Thatcher a pris personnellement la crise en charge, ce qui est toujours de mauvais augure », souligne l’auteur. « Ses porte-parole ont su répondre au sentiment de panique qui semblait s’emparer du gouvernement en soulignant le fait qu’elle était en train de prendre « la mesure de l’opinion publique ». » Et la discussion porte désormais exclusivement sur les financements alternatifs (privatisation) et sur la mise à bas des obstacles à l’efficacité (suppression fonctionnaires).

Sa recette : Le thatchérisme capitalise sur les conflits entre les fidélités (convictions, rationalisme) et les désirs (intérêt personnel, subjectivité) ; ces conflits précipitent le chaos et l’imprévisible dans le champ idéologique (ex : secteur public présumé inefficient, dérégulation).

De son côté, les forces de gauche engluées ne cessent de se répéter que le compromis d’après-guerre a vécu, sans toutefois arriver à concevoir un modèle alternatif, et se limitent de fait à se faire les moralistes vertueux du thatchérisme. Le programme de la gauche reste enfermé dans les circonstances historiques qui les virent naître (1930, 1945).

Or, nous sommes entrés dans une société postfordiste, que certains qualifient de « capitalisme désorganisé », ou encore « d’ère de la spécialisation flexible ». La gauche, au lieu de repenser ses stratégies économiques, politiques et culturelles à la lumière de cette « logique » sous-jacente et profonde de dispersion et de diversification, se contente de lui résister. S. Hall promeut une approche culturelle (images), esthétisante et subjective (laquelle ne me convainc pas, ou tout du moins, elle ne peut être suffisante car non structurée – trop molle).

A priori, les modèles sont bien distincts : le centre-gauche cherche de nouvelles façons de promouvoir la solidarité sociale, les financements publics et l’interdépendance face aux inégalités et à l’instabilité du marché. Le modèle néolibéral promeut une faible fiscalité, une vison compétitive de la nature humaine, le financement par le marché et l’individualisme.

Toutefois, le thatchérisme s’est doté d’un puissant moyen de populariser les principes d’une philosophie monétariste et s’est trouvé dans l’image de l’Etat-providence charognard (restauration de la concurrence et de la responsabilité personnelle, éloge de l’effort et de la récompense, image de l’individu accablé d’impôts, dorloté et affaibli par le welfare, dessaisi par l’Etat de sa capacité d’initiative). Il ne s’est pas contenté d’élaborer une critique de principe de l’étatisme et a déployé ne conception positive de la culture d’entreprise, autour de la notion de liberté.

Quant à la social-démocratie, elle n’a pas de stratégie alternative viable, en particulier pour le grand capital qui implique un soutien étatique massif. La gauche n’a pas suffisamment réfléchi à ce que signifie l’appropriation du marché. Quelles doivent êtres les formes institutionnelles de l’Etat ? Elle pourrait se réapproprier la notion de liberté à partir des thèmes comme la diversité croissante de la société, l’égalité des chances, l’encapacitation des individus à travers le droit de choisir (son généraliste, sa thérapie) et de dramatiser les crises à partir des concepts que le thatchérisme n’a pas réussi à s’approprier : la démocratisation, les droits et l’extension de la citoyenneté sociale.

La droite radicale a procédé à une restructuration majeure des appareils d’Etat. Le Ministère de l’Education et de la Recherche a été mis de côté et supplanté par la Manpower Services Commission. Les programmes de formation et de reconversion se sont directement adaptés à la demande et aux évolutions de l’industrie, ouvrant la voie au processus silencieux de déqualification et de requalification des chômeurs. Quant au Labour, il a toujours hésité entre des objectifs contradictoires vis-à-vis de l’école : améliorer les chances des enfants de la classe ouvrière et des plus mal lotis ou adapter le système scolaire aux besoins économiques et aux exigences de rentabilité du système productif. Si la droite a ainsi pu gagner du terrain dans le domaine de l’éducation sans avoir à conquérir le pouvoir, elle a traditionnellement toujours dominé deux autres domaines du répertoire : la race et la sécurité. Il y aura toujours une politique de la position.

Quelle est la nature politique du régime du New Labour ? S’il met l’accent sur la responsabilité des individus, il passe très évasivement sur celle des entreprises. La troisième voie observe que les inégalités sociales se creusent mais refuse de reconnaître que des intérêts structuraux puissent nous empêcher de parvenir à une distribution plus équitable des richesses et à une meilleure égalité des chances.

Tony Blair dépeint une économie mondiale si versatile, aux flux financiers si gigantesques et si rapide, qu’il nous revient de gérer le changement en nous gérant nous-mêmes, pour nous adapter au monde tel qu’il va et faire face à ses évolutions incontrôlables. Ses tardives propositions de réforme du FMI sont loin d’être radicales. Paradoxalement, ceux sont les grands prêtres du néolibéralisme mondial (Sachs, Krugman, Soros) – et non MM Blair et Brown, qui ont sonné la retraite vers plus de régulation.

M. Blair affirme que le welfare ne touche pas ceux qui en ont le plus besoin. C’est vrai, mais il ne s’ensuit pas que le ciblage, soit, comme tel, la bonne stratégie. Or Beveridge avait compris que l’universalisme de l’assurance sociale, si coûteux qu’il fut, était indispensable au rattachement des franges les plus riches de la population. Beveridge avait anticipé l’argument de Galbraith : tout le système sera mis en péril dès lors que les riches pourront se soustraire volontairement au financement collectif en achetant leur propre liberté. Nous y voilà.

Stuart Hall reconnaîtra toutefois, très (trop) succinctement, les bonnes choses faites par le New Labour : l’accord de paix en Irlande du Nord, l’incorporation des droits de l’humain à la législation britannique, le salaire minimum, le crédit d’impôt famille, la création de places en crèche, la construction d’hôpitaux et d’écoles, la rupture avec l’euroscepticisme, le progrès de la déconcentration, la réforme constitutionnelle, certaines propositions de renouveau urbain. Le bilan des années Blair est donc, selon l’auteur, « ambivalent ».

Pour conclure, « On trouve chez M. Blair une sincère humanité, alors qu’il aurait été bien imprudent de parier sur celle de Mme Thatcher. Ce sont des figures similaires mais pas identiques. Il semble pourtant que le projet Blair, par son cadre d’analyse et ses hypothèses fondatrices, reste essentiellement structuré par le thatchérisme et se meuve sur le terrain que celui-ci a délimité. Mme Thatcher avait un projet. Le projet historique de Blair est de nous adapter à lui, c’est sa mission modernisatrice. La seconde moitié de sa mission, plus difficile, celle qui consiste pour la gauche à réinventer une réponse authentiquement moderne à la crise de notre époque, a été largement délaissée. »

Hall S., Le populisme autoritaire, puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme, Editions Amsterdam, 2008.

27 octobre 2010

Le rapport de Mitterrand au Larzac

Publié par alias dans Partis & élus

A distance, une obscure solidarité me lie à ses défenseurs. [...] Des barbelés sur le Larzac, il y en avait assez  comme cela dans le monde. Cette haute région du corps et de l’esprit mérite mieux qu’un champ de tir. [...]L’action brûle vite les matériaux qu’on lui jette. Un sol qui repose nourrit des moissons abondantes. [...]

Puis au sujet d’un ami : Il m’emmènerait toujours plus loin, c’est à dire trop loin. Mais je comprends que son trop loin n’est jamais qu’un trop tôt et je lui pardonne de négliger superbement cet allié privilégié des politiques, le temps.

Je vais le voir une fois l’an à Saint-Privat, ce village accroché à la retombée du Larzac au-dessus de Lodève, qu’il a choisi pour vivre. On y déjeune autour d’une table ronde et le soir, de la terrasse ouverte sur le ciel, on rêve en écoutant le vent. Les trois pièces de la maison sont trop exiguës pour loger les livres qui constituent le fond de sa bibliothèque d’historien.

J’y respire l’odeur de poussière et de papier piqué qui me donnait un coup de bonheur au coeur quand, enfant, j’entrais dans le petit grenier où mes parents avaient rang, vingt ans plus tôt, les oeuvres complètes d’auteurs (définitivement oubliés) qui parlaient des croisades, de l’Eglise, des girondins, des guerres du Premier Empire et m’enfiévraient l’imagination.

Ma madeleine à moi est dans cette qualité de poussière qui ne ressemble à aucune autre, avec une vague persistance de senteur de maïs (on engrangeait jadis dans ce grenier des épis pour l’hiver) et de peuplier (le plancher où je m’étalais pour lire était fait de ce bois) – et nourrie de littérature.

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8 octobre 2010

Les chroniques de François Mitterrand

Publié par alias dans Partis & élus

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François Mitterrand tenait des chroniques comme il aurait pu tenir un blog. Voici l’une d’entre elle plutôt amusante :

« Samedi 19 février. Je reçois de mon ami Charles S. une coupure du « New York Herald Tribune » en date du 16 février. J’apprends ainsi qu’à Scotland Yard, siège fameux de la police londonnienne, de nombreuses personnes, inquiètes du phénomène, ont signalé, pendant la dernière grève des mineurs et des électriciens, la présence dans le ciel nocturne d’objets  »étranges et brillants ». Un porte-parole officiel a dû rassurer la population. « N’appelez plus, a-t-il dit, ce sont les étoiles.

Précisément, je participe cet après-midi à la Rencontre « Socialisme, science et technique » organisée par le Parti socialiste. On y entend beaucoup de personnes savantes. Tandis qu’elles discutent (le débat est serré, passionnant), la nouvelle du « Herald Tribune » me trotte dans la tête. Je m’interroge, sans conclure. Pour apprendre que le ciel est rempli d’étoiles, suffit-il d’éteindre les lumières de la ville ? »

Mitterrand F., La paille et le grain, La rose au poing, Flammarion. 1975.

6 septembre 2010

Exécutif/législatif : Mitterrand/Pompidou

Publié par alias dans Partis & élus

En principe, le Président de la République dispose de 15 jours pour promulguer un texte de loi. Il peut bien sûr saisir le Conseil constitutionnel s’il estime que la loi n’est pas conforme à la constitution. Mais il est arrivé par deux fois qu’un Président retoque un texte de loi et demande au Parlement une seconde délibération. Il s’agit de François Mitterrand.

Par le vote d’une motion de censure, l’Assemblée nationale peut mettre en cause la responsabilité du gouvernement et lui marquer sa défiance en l’obligeant à démissionner. Bien que la motion de censure ait été souvent déposée, une seule a été adoptée depuis 1958.  Ce fut Georges Pompidou (+ 4 octobre 1962).

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