Le temps, la ville et l’urbaniste

14 août 2013

Le projet Lyon Dubaï City

Publié par alias dans Economie & clusters

La Ville de Lyon soutient le projet de reconstituer l’esprit des quartiers lyonnais dans la Cité-Etat de Dubaï, un moyen comme un autre de rayonner à l’international et d’attirer ainsi des investisseurs. Faut-il s’en réjouir ?

L’anthropologue Mike Davis, dans « Le stade Dubaï du capitalisme », porte un regard relativement critique sur ce lieu de tous les superlatifs, mélangeant consumérisme outrancier et régime autoritaire :

Grâce à la fatale addiction d’une planète désespérément assoiffée de pétrole arabe, cet ancien village de pêcheurs et de contrebandiers a déjà surpassé Las Vegas, cette autre vitrine désertique du désir capitaliste, dans la débauche spectaculaire et la surconsommation d’eau et d’électricité.

Dubaï joue le rôle de déversoir pour les surprofits pétroliers et industriels de l’économie mondiale, une suraccumulation due à l’incapacité des pays riches à réduire leur consommation de pétrole. Les prix du pétrole sont de plus tirés à la hausse par la demande de l’industrie chinoise autant que par la peur de la guerre et du terrorisme dans les régions productrices.

La majeure partie du PIB de Dubaï proviendrait toutefois à présent d’activités non pétrolières comme la finance et le tourisme.

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L’Emir PDG El Maktoum a compris que si Dubaï voulait devenir le super paradis consumériste du Moyen Orient et de l’Asie du Sud, l’émirat devait constamment aspirer à l’excès visuel et urbain : « la cité postmoderne vise à provoquer le vertige et offre un pastiche hallucinatoire du nec plus ultra en matière de gigantisme et de mauvais goût ».

Lyon sera-t-elle en capacités d’orienter ces gigantesques profits pour financer la conversion de l’économie mondiale à l’ère de l’énergie renouvelable, en étant investie dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’augmentation de l’efficacité écologique des systèmes urbains, ou va-t-elle alimenter la débauche de luxe apocalytique…(p.18) ?

Selon Jean-Michel Daclin, Adjoint au maire de Lyon en charge des relations internationales, ce partenariat a un intérêt urbanistique notamment dans l’intégration de la donnée écologique : « Comment intégrer dans un climat chaud des habitations conçues pour un climat tempéré comme celui de Lyon, sans pour autant faire des dépenses insensées d’énergie. ». Mais reconstruire Lyon dans le désert, n’est-ce pas déjà une aberration ?

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Dubaï est l’incarnation du rêve des réactionnaires américains, une oasis de libre entreprise sans impôts, sans syndicats et sans partis d’opposition (p.28). Dans un pays qui n’a aboli l’esclavage qu’en 1963, les syndicats, les grèves et les agitateurs sont généralement hors la loi, et 99% des salariés du secteur privé sont des étrangers expulsables sur le champ.

Dubaï viole systématiquement les règles de l’OIT et refuse de signer la convention des Nations Unies sur les droits des travailleurs migrants. En 2003, l’ONG Human Rights Watch a accusé les Emirats Arabes Unis de construire leur prospérité sur le travail forcé. A leur arrivés, les travailleurs asiatiques se voient confisquer leur passeport et leur visa (p.36).

En signant le 9 janvier 2008 un accord pour la reconstitution de quartiers d’inspiration lyonnaise dans la ville de Dubaï avec un investisseur, la Ville de Lyon a-t-elle négocié, en contrepartie de ses apports techniques, l’application des règles de l’OIT ?

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Dans les années 1980-1990, Dubaï serait devenue la capitale régionale du blanchiment d’argent sale ainsi que le repaire de truands et de terroristes notoires selon le Wall Street Journal (p.21).

Ainsi, en 2006, une OPA lancée par Dubaï sur une entreprise londonienne qui gère de nombreux ports aux Etats Unis provoqua un scandale du fait de la connexion terroriste de Dubaï, effet collatéral de son rôle de Suisse du Golfe. Depuis 2011, une ample documentation illustre le rôle de Dubaï comme « centre financier des groupes islamistes radicaux », en particulier Al-Qaida et les talibans, nous précise Mike Davis (p.22).

Plus récemment, Dubaï servirait également de base aux Américains pour espionner l’Iran, mais il est probable qu’El Maktoum conserve un canal ouvert avec les islamistes radicaux. Dubaï est l’une des seules villes de la région à avoir complétement échappé aux attentats à la voiture piégée et aux attaques, probablement dû au statut de l’émirat en tant que zone de blanchiment d’argent et refuge haut de gamme, tout comme Tanger dans les années 1940 ou Macao dans les années 1960 (p.24).

En encourageant l’Emirat à placer ses fonds souverains dans le rachat de la la rue de la République ou à financer le Grand Stade de l’OL, Lyon compte-t-elle ainsi contribuer à la moralisation de la sphère financière ?

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Davis, M., Le Stade Dubaï du capitalisme, Les prairies ordinaires, les Belles Lettres, novembre 2007.

16 août 2012

L’esprit de Philadelphie (A.Supiot)

Publié par alias dans Economie & clusters

« L’esprit de Philadelphie, la justice sociale face au marché total », ouvrage d’Alain Supiot, pourtant conseillé à la lecture par le Ministère de l’économie et du redressement productif, n’y va pas de mains mortes avec les ultralibéraux mais aussi avec les strauss-kahniens/jospinistes, plus enclins à adapter qu’à véritablement réformer le système. L’auteur est Directeur de l’Institut d’études avancées de Nantes, son propos est sévère et quelque peu redondant. Il effectue des rapprochements historiques pour le moins surprenants.

Selon l’auteur, le problème ne consisterait pas à réguler les marchés mais à les réglementer, ce qui nous obligerait à revenir sur le terrain politique et juridique, afin d’y établir l’ordre des fins et des moyens entre les besoins des hommes et l’organisation économique et financière. Autrement dit, il faut renouer avec l’inspiration de la déclaration de Philadelphie laquelle, au sortir de la guerre, avait entendu mettre l’économie et la finance au service des principes de dignité humaine et de justice sociale (p.94). Pour cela, il est nécessaire de retrouver le sens des limites, de la mesure, de l’action, de la responsabilité et de la solidarité.

La déclaration de Philadelphie de mai 1944, proclamant les buts et objectifs de l’Organisation internationale du travail, est considérée comme un texte précurseur aux accords de Bretton Woods, à la création de l’organisation des Nations Unies, à la déclaration universelle des droits de l’homme. Cet esprit de Philadelphie aurait été dénaturé par les gouvernements Reagan et Thatcher (p.29), lesquels visèrent au démantèlement du Welfare State. Les strauss-kahniens et jospinistes leur auraient emboîté le pas (le propos manque de mesure).

L’auteur dénonce toute pensée considérant les hommes scientifiquement comme du matériel humain (terminologie nazie) ou du capital humain (terminologie communiste), selon un calcul qui se voudrait utilitariste. Désormais, ce ne sont plus seulement les primitifs qui sont regardés et traités comme des choses (cf découverte de l’Amérique, exploration de l’Afrique). mais aussi les peuples civilisés. Or, cette synthèse s’est opérée sous l’égide du scientisme (p.12). La croyance en des lois découvertes par le Science remplace celle en des lois révélées par Dieu. Ainsi, l’exposition universelle de Chicago en 1933 eut pour slogan « la science trouve, l’industrie applique, l’homme s’adapte ». La classification de l’humanité en races hiérarchisées est née à l’ombre des Lumières. (p.15). (le propos manque de mesure).

Limiter la démocratie, en soustrayant la répartition du travail et des richesses, de même que la monnaie, à la sphère politique, est considéré comme nécessaire par les ultralibéraux, afin empêcher les populations ignorantes de se mêler des lois de l’économique qui échappent à leur entendement (p.32). (le propos manque de mesure). Etant donné que les normes scientifiques et religieuses sont les seuls à échapper au débat politique dans une société démocratique, il faut donc croire et faire croire que l’économie relève de la science pour la dépolitiser (p.33).

La nouvelle doctrine se rattache à celle de Friedrich Hayek, selon lequel « les droits économiques et sociaux consacrés par la Déclaration universelle de 1948 ne pourraient être traduits dans des lois contraignantes sans du même coup détruire l’ordre de liberté auquel tendent les droits civils traditionnels ». La doctrine ultralibérale postule, à l’encontre de la déclaration de Philadelphie, que l’insécurité économique des travailleurs et leur exposition au risque sont les moteurs de leur productivité et de leur créativité. (le propos manque de mesure). Elle fait en revanche de la sécurité financière un impératif catégorique dont le respect doit être imposé aux Etats par des institutions échappant à tout contrôle démocratique (p.34).

La révolution ultralibérale a eu pour corollaire la doctrine néoconservatrice, laquelle entendait construire un nouvel ordre international fondé sur la confrontation avec les pays ne partageant pas leur manière de voir le monde et de mise en concurrence à l’échelle internationale. Héritée de David Ricardo, l’idée est d’inciter chaque pays à tirer le meilleur parti de ses avantages comparatifs supposés, ce qui implique d’éliminer les obstacles réglementaires au libre jeu des marchés (p.35).

Ainsi, la déréglementation des marchés financiers a été largement l’œuvre du gouvernement Bérégovoy et l’importation du modèle anglo-américain d’entreprise, celle du gouvernement de M. Jospin et de son Ministre de l’Economie, M. Dominique Strauss-Kahn (détaxation des stock-options, autorisation du rachat par les sociétés de leurs propres actions…) (p.35).

Le contraste entre l’accord de Marrakech – instituant l’OMC – et la déclaration de Philadelphie – instituant l’OIT – est saisissant. Désormais, l’accroissement de la production et du commerce de marchandises et de services sont traités comme des fins en soi (p.63). Et pour aider les consommateurs de droit à faire leur choix sur le marché des normes, la banque mondiale publie depuis 2004 un rapport Doing Business, évaluant les droits nationaux à l’aune de l’efficacité économique (p.66), soutenant la course au moins-disant social.

Or, pour que l’Europe sociale voit le jour, il aurait fallu concevoir l’adhésion des ex pays communistes non comme un simple élargissement mais commune une réunification de l’Europe. Cela impliquait la conclusion d’un pacte fondateur, le financement d’un plan Marshall en faveur de l’Est, l’Est acceptant en retour de ne pas recourir au dumping social et fiscal. A contrario, on a plaqué l’économie de marché et le dialogue social sur des pays sans entrepreneurs et sans syndicats (p.38).

Les pays de l’Est ont pu sans difficultés substituer la dictatures des marchés à celles du prolétariat dans une conception de la légalité demeurée inchangée (cf la Corporate Republic selon James K.Galbraith, l’instrumentalisation du Droit de part la substitution du rule by law au rule of law, la sécession des élites selon Christopher Lasch). Il en résulte une privatisation de l’Etat providence par une oligarchie.

Les spécialistes parlent d’effet Matthieu pour désigner la capacité des forts à devenir les premiers bénéficiaires des dispositifs visant à améliorer le sort des faibles. L’une des nouveautés de l’économie communiste de marché réside dans l’apparition d’une oligarchie qui a la possibilité de bénéficier pleinement des mécanismes de solidarités sans devoir y contribuer à proportion de ses revenus (p.51).

En France, le bouclier fiscal adopté en 2007 est devenu le symbole de cette rupture proportionnelle dans la contribution aux charges publiques. Dans le même temps, une part croissante de l’argent public est employée à protéger les avoirs et soutenir les revenus de cette oligarchie financière, notamment au travers de l’accroissement de la dette publique (p.52). L’auteur dénonce la NPM et le pantouflage…

A côté de la justice distributive et de la justice corrective, Aristote voyait dans la réciprocité proportionnelle une troisième forme de justice nécessaire à la vie de la cité. Francis Bacon dans son « Essai de morale et de politique » estimait que « l’argent, comme le fumier, ne fructifie que si on prend soin de le répandre » (p.45).

Or, réduite à l’état de monade contractante et calculante, l’être humain n’est plus soumis qu’à deux types de règles : celles qui auraient un base scientifique et celles qu’il se fixe librement à lui-même (p.48). Ainsi, le droit du logement se délite, laissant place au droit individuel opposable au logement. Sous la forme individuelle de la loi pour soi et du soi pour loi, ce passage de la territorialité à la personnalité des lois est l’expression juridique du narcissisme qui caractérise le dernier état de la culture d’Occident (p.101), encouragé par la CJCE. La sous-traitance n’est autre qu’une technique d’inféodation. Désormais, le statut n’est plus garanti par les lois mais dépend de la solidité des liens affectifs et économiques qu’il a pu tissu avec autrui. Terreau propice au narcissisme et à la dépression (p.109).

Face à une CJCE ultralibérale, il conviendrait de renforcer la CEDH, laquelle a adopté une méthode d’interprétation de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme qui se réfère aux PGD des nations civilisées, et intègre toutes les normes internationales et européennes du travail (OIT, charte des droits fondamentaux de l’Union européenne) (p.121).

L’auteur critiquera les indicateurs de développement humain, plaquant une normativité ignorante des situations locales (p.127), et préfère utiliser les termes de liberté/flexibilité, capacité/employabilité et état professionnel/capital humain. Enfin, il promeut une responsabilité solidaire des entités juridiques constitutives de l’entreprise, à défaut de pouvoir appliquer l’adage romain « où est le profit, là est la charge » (cf Oil Pollution Act de 1990).

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Supiot, A. , L’esprit de Philadelphie, Le Seuil, 2010.

13 août 2012

Croissance (PIB) /développement (revenus) ?

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Laurent Davezies, professeur à Paris I et IEP Paris, auteur de « La République et ses territoires : la circulation invisible des richesses » prend dans son ouvrage le contre-pied de Daniel Cohen, auteur des « Trois leçons sur la société post-industrielle ».

Il reproche à ce dernier de suivre les théories de Krugman, celle de la nouvelle économie géographique, selon laquelle il existerait un déséquilibre cumulatif au profit des métropoles les plus riches.

Or, le modèle ricardien des avantages comparatifs productifs ne serait plus pertinent, du fait de la montée en puissance des flux de revenus non directement liés à la production locale (PIB).

Ainsi, la compétitivité productive des territoires n’a d’incidence que sur le quart de la puissance du moteur de développement que constituent les flux de revenus basiques. Cependant, issus d’une culture encore fortement marquée par le productivisme, d’inspiration libérale ou marxiste, les élus se méfient instinctivement des stratégies purement résidentielles.

Il faudrait revenir à une représentation fondamentaliste de la base économique fondée sur l’analyse du revenu et non des activités (p.57). Aujourd’hui, force est de constater que les populations quittent les régions les plus développées pour se porter vers des régions moins riches. (Lire la suite…)

2 mai 2012

Vallée de la chimie & pôles de compétitivité

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La Ville de Pierre-Bénite, localisée au coeur de la vallée de la chimie, organisa un forum sur la sécurité industrielle le 21 avril 2011. Au delà du questionnement portant sur les liens entre villes et industries, se pose celui de la pérennité des emplois du secteur de la chimie à forte dominante capitalistique dans une économie globalisée.

Selon l’Union des industries chimiques, la France reste le cinquième producteur mondial, 2e producteur européen après l’Allemagne. Le chiffre d’affaire de ce secteur composé de 3200 entreprises, dont 88% de PME-TPE, soit 178 000 salariés, représente 77 à 60 Mds d’euros selon les années (1 point PIB), dont 1,8 à 1,4% consacrés à la R&D selon les années.  

Le secteur de la chimie a certes subi une perte sèche en 2008, mais il semble relativement stable. Celui de la pharmacie est en progression. Je pense que raisonner en nombre d’emplois  directs semble peu pertinent dans la mesure où ce secteur pratique de plus en plus la sous-traitance, laquelle peut-être comptabilisée pour partie  dans le secteur des services. Les relations avec les sous-traitants conviendraient d’être d’approfondies.

Elle se considère comme l’industrie des industries (53%), que cela soit dans le domaine de la transformation des plastiques (17%), la pharmaceutique (6%), la construction (3%) et l’automobile (3%). Son succès dépend, selon elle, de sa bonne appréhension du marché aval applicatif. L’UIC considère que la chimie apportera 100% des solutions aux problèmes environnementaux, tout en proclamant que la chimie verte (Axelera, Ecopôle) ne pourra exister sans chimie de base.

La chimie représente 6% des émissions de GES en France. L’UIC a précisé avoir diminué de 50% ses émissions de GES depuis 1990. L’étude AT-Kearnay montre que le secteur est encore capable de réduire de 20% ses émissions à l’horizon 2020, soit une division par plus de deux en 30 ans.Selon l’étude, atteindre – 30% de GES entre 2005 et 2020 coûterait 2 Mds d’euros. Cela équivaut à un gain de 0,2% de GES en France.

Elle consacre 7,6% de ses investissements à la réduction de l’impact environnemental de ses activités de production. L’étude Mac Kinsey sur le cycle de vie carbone des produits montre qu’une tonne de CO2 émise par l’industrie chimique permet de réduire de 2,6 tonnes les émissions du secteur aval. L’étude précise que l’industrie chimique ouest européenne produit avec une efficacité carbone de 40% supérieure à celle d’Amérique du nord et de 60% à celle du continent asiatique. Le meilleur score est réalisé par les matériaux d’isolation pour le bâtiment qui contribuent à 40% aux réductions totales de CO2 (ex : entreprises BASF et Arkéma)

L’UIC plaide en faveur d’un cadre réglementaire mondial de réduction des émissions de CO2 afin d’éviter les distorsions de concurrence. En même temps, elle demande l’introduction de critères carbone dans les appels d’offre afin de mieux protéger les industries françaises (forme de protectionnisme). Les pouvoirs publics français sont qualifiés de naïfs lorsqu’ils ouvrent leur marché à la concurrence internationale alors que l’Allemagne négocie en amont avec ses industriels des critères susceptibles d’être intégrés dans les appels d’offre. Cela permet aux industriels d’anticiper les futures réglementations et d’emporter les futurs marchés (forme de protectionnisme).

Elle a réduit de 78% ses émissions de métaux lourds dans l’eau depuis 2002. Suite au Grenelle, elle s’est engagée à élaborer un plan carbone de tous ses sites, à certifier selon un référentiel environnemental reconnu de 400 sites d’ici 2011, à introduire 15% de matières premières renouvelables dans ses approvisionnements d’ici 2017. Pour ce qui est de sa réduction de consommation d’énergie d’ici 2050, celle-ci semble très dépendante du gaz….L’UIC ne communique pas beaucoup sur cet aspect. La revue de l’observatoire économique d’UrbaLyon de janvier 2011 (OPALE) précise toutefois que Rhodia a un projet d’installation photovoltaïque à St Fons Belle-Etoile.

Et le rapport de la mission parlementaire propose notamment et globalement pour les industries de mener une action forte et déterminante sur les activités et produits dans le cadre du « développement durable » en les fédérant et les organisant (biomasse, méthanisation, bioénergies, solaire, biomatériaux, chimie des plantes, bionutrition…) ; développer des « contrats de filière » entre la région, les territoires concernés et les représentants des différentes filières industrielles locales, fondés sur l’identification des filières stratégiques pour le maintien et le développement de l’emploi local ; mieux prendre en compte la dimension écologique dans les échanges commerciaux ; autoriser les industriels à négocier les tarifs d’électricité contractuels aménagés, compatibles avec les exigences européennes, en prenant en compte l’effacement, l’interruptibilité et la proximité de la source d’approvisionnement ; conditionner l’instauration d’une éventuelle taxe carbone et son application en France à sa mise en place à l’échelle européenne.

Selon ses représentants, seule une réglementation adaptée permettra de maîtriser les risques, gage d’acceptabilité par la population ; en même temps, les industriels sont les premiers à demander une réduction des normes ; mais aussi une harmonisation européenne des normes en vigueur ; ou encore l’introduction de normes négociées en amont, comme en Allemagne, visant à limiter l’accès aux marchés (forme de protectionnisme en instaurant un critère bilan carbone).

Les Etats généraux de l’industrie auraient révélé le handicap français lié à une dispersion de ses sites industriels pendant la seconde guerre mondiale, à la différence de l’Allemagne, laquelle disposerait donc d’un avantage comparatif. Les intervenants ne firent pas état de la stratégie de compétitivité-prix menée par l’Allemagne (cf note de Terra Nova : gel des salaires nominaux pendant sept ans, baisse des charges sociales et suppression corrélative des prestations sociales de l’Etat-providence, transfert de charges sociales sur trois points de « TVA sociale », ce qui est l’équivalent d’une dévaluation compétitive en taux de change fixe).

En France, la Région Rhône-Alpes est la première région française de production. En incluant le secteur pharmaceutique, elle concentre 600 établissements dont 42 000 salariés. La chimie pure concerne 500 établissements dont 31 500 salariés. Elle génère trois fois plus d’emplois. La chimie en Rhône-Alpes pèse 11 Mds d’euros, dont 8 Mds d’euros à l’exportation, et 25% des moyens de la recherche nationale.

Les sites industriels en Rhône-Alpes sont fortement interconnectés, ce qui constitue, selon l’union des industries chimiques, une force et une faiblesse à la fois « Si l’un tousse, tout le monde peut s’enrhumer ». Cette industrie fortement capitalistique externalise les métiers de la maintenance. Elle procède à des phénomènes d’intégration et de désintégration successifs, semblable à un « véritable château de cartes », selon les dires d’un expert de CIDECOS.

Les établissements ont baissé en taille (500 à 150-400 salariés maximum).  L’industrie chimique se recentre ces dernières années sur des activités bien ciblées, elle se spécialise au détriment de l’intégration. L’industrie chimique exporte 49 Mds et importe 43 Mds, elle est le premier secteur exportateur en France. Elle vise l’exportation de ses technologies concernant les polymères, de plastiques, de silicone, PVC, notamment vers la Chine, mais pas seulement.

Les syndicats considèrent anormal que des entreprises bénéficiant du Crédits Impôts Recherche (20 M d’euros, soit 30% des dépenses recherche de Rhodia par exemple) puissent transférer leur technologie à l’étranger où seront créés les emplois. Ils souhaitent qu’une contrepartie soit accordée par l’entreprise bénéficiaire d’une aide publique.

Selon l’IUC, 21 des 71 pôles de compétitivité en France ont une relation avec la Chimie, soit près d’1/3 des pôles. La R&D des pôles de compétitivité ne garantirait pas des retombées locales selon l’expert de CIDECOS (hors emplois ?). Le besoin de mutualisation nécessiterait en effet de forts investissements à long terme, or les grands groupes n’acceptent un retour sur investissement qu’à court terme, 5 ans étant déjà considérés comme étant du long terme par les acteurs.

L’industrie de la chimie a consacré une faible part à son investissement offensif ses dernières années, menant une stratégie de dégoulottage visant à maintenir ses capacités actuelles, sans toutefois investir dans de nouvelles branches ou de nouveaux outils. Elle a donc misé ces dernières années davantage sur le « D » de développement que sur le « R » de recherche, selon les dires de l’expert indépendant du cabinet CIDECOS.

Les syndicats déplorent que les financements reposent de plus en plus sur les fonds de pension ainsi que l’absence de représentants dans les pôles de compétitivité. Il semblerait que Blue Star et Adisseo soient toujours dans une logique industrielle, tandis que Rhodia et Arkéma aient basculé dans une logique de financiarisation.

En conclusion, l’IUC émet le vœu d’obtenir une recherche localisée et corrective, une réglementation incitative et allégée, des supports spécifiques aux PME et ETI de la chimie (accès aux crédits bancaires,  fonds régional d’aide d’urgence, plateforme mobilité, besoin de formation professionnelle, reconfiguration des aides oséo ?), des infrastructures territoriales (l’industrie de demain restera pondéreuse, c’est-à-dire lourde en logistique, en capacité de stockage, or elle manque de wagon isolé et de surface foncière), une politique de sourcing stratégique à l’international coordonnée (critiquable), ainsi que des compétences renforcées en technologie.

Quant à la CGT d’Arkéma, elle émet le voeu d’une stabilisation des modes d’organisation, lesquelles à force de changement, finissent par stresser les salariés et générer davantage de risques au travail. Le discours “sécuritaire” induisant une mise en exergue de la ”responsabilité individuelle” des salariés en cas d’erreurs interroge un process managérial insuffisamment remis en question par l’UIC.

2 mai 2012

La pensée ricardienne

Publié par alias dans Economie & clusters

Les perspectives de développement économique et d’internationalisation sont très prégnantes dans les politiques menées par le Grand Lyon, dont l’orientation est qualifiée de « ricardienne » par le Directeur de l’Institut d’urbanisme de Lyon II et le Grand Lyon :

« Elle s’emploie à améliorer les biens collectifs locaux, les facteurs de production et le tissu organisationnel de la ville, afin d’attirer non pas tous les capitaux mobiles mais avant tout et surtout les activités exportatrices, ceci afin d’accroître la richesse du territoire, richesse qui pourra ensuite se diffuser sur l’ensemble de la population »

La structure de conduite opératoire s’appuie sur trois modèles économiques :

Selon David Ricardo, les économies locales ont intérêt dans une économie ouverte à se spécialiser dans les domaines où elles détiennent des avantages comparatifs les plus significatifs. Ces avantages sont liés à l’inégale distribution des techniques de production et aux relations interentreprises en face à face (cluster), à la quantité des facteurs de production (main d’œuvre) et leur qualité (formation) ainsi qu’aux biens collectifs (infrastructures).

Selon Raymond Vernon, les innovations naissent dans les centres dotés des plus hauts facteurs de production. Dans sa phase de lancement, elles sont distribuées dans le marché national. Lorsque ce dernier arrive à saturation, l’entreprise a tendance à exporter. En augmentant la taille de son marché, elle maintient ainsi la croissance de son chiffre d’affaire. Dans un troisième temps, les  débouchés arrivant à saturation, l’entreprise va alors avoir tendance à délocaliser une partie de sa production afin d’abaisser ses coûts de production et de transport. Plus la concurrence sera forte, plus les entreprises se délocaliseront. Les métropoles ont donc tendance à perdre les activités routinières les plus anciennes, elles doivent chercher à renouveler leur base économique en favorisant l’essor d’activités innovantes.

Selon Homer Hoyt, une distinction doit être opérée entre les activités fondées sur les échanges entre une économie locale donnée et l’extérieur (tourisme), de celles qui n’opèrent qu’à l’intérieur de l’économie locale (commerce de proximité). Seules les premières sont en capacité de faire varier la richesse globale de l’économie locale. Si elles sont dynamiques, leurs bénéfices augmenteront provoquant par là même une croissance de la richesse produite sur le territoire. L’activité des secondes est en revanche un jeu de somme nul pour l’économie locale (simple transfert d’argent entre les deux agents économiques).

Une école pessimiste et productiviste

David Ricardo est le fondateur de l’école classique anglaise qualifiée de « pessimiste » compte tenu des lois naturelles implacables qu’il expose et de l’existence d’antagonismes qu’il met à jour dans la société moderne ; à la différence de l’école classique française de Jean-Baptiste Say qualifiée d’ « optimiste » en raison de l’exaltation du rôle de la production et de sa confiance dans le développement industriel.

Les classiques distinguent les travailleurs productifs des travailleurs improductifs (fonctionnaires). La richesse des nations dépendrait de l’accroissement du nombre de travailleurs productifs relativement à celui des travailleurs improductifs. Keynes définit les classiques comme les successeurs de Ricardo, dont le point commun serait l’acceptation de la loi des débouchés. Selon eux, plus les productions se multiplient, plus les débouchés deviennent faciles. Si un produit n’arrive pas à se vendre, cela s’explique par l’insuffisance de production de marchandises dans une autre branche de l’économie.

A propos de la rente foncière, Ricardo suppose que l’on met successivement en culture trois catégories de terres différentes, de la plus fertile à la moins fertile. Le profit est le régulateur de l’activité économique, l’unique source de formation du capital. Ricardo établit une relation inverse entre profit et salaire ; il est partisan du libre-échange.

P. Boino (Lyon II), Lyon : la production de la ville, PUCA/GRAND LYON, Parenthèses, novembre 2009.

J-P. Potier (Lyon II), Les économistes classiques, Cahiers français, La Documentation française, 2008.

17 avril 2012

Mettre la logique d’entreprise au service du public

Publié par alias dans Economie & clusters

Les centristes, fascinés par les grandes infrastructures, ont failli en 1973, faute d’avoir su anticiper les enjeux énergétiques et climatiques. La vieille gauche, obnubilée par le pouvoir d’achat, a failli en 1993 sur le champ économique. La nouvelle droite, fascinée par l’argent, échouera sans doute en 2013, n’ayant pas su ni anticiper ni gérer la crise financière. L’ensemble de la gauche, écologistes compris, serait donc défaillante sur l’économie.

Tandis que la frontière entre public et privé en France n’a eu de cesse de changer depuis le début du XXe siècle, chacun se questionne aujourd’hui sur la place du curseur définissant le niveau de participation des pouvoirs publics dans le champ économique.  Alors que le dogme du tout interventionnisme a fructifié dans l’après-guerre communiste, les partenariats publics privés n’ont eu de cesse de se développer tacitement, notamment par le truchement de la Caisse des dépôts et de consignations.

Les partenariats public privé consistent-ils à mettre l’intérêt général au service du secteur privé, ou bien ne visent-ils pas plutôt à mettre la logique d’entreprise au service de l’intérêt général ?

Il me semble important de ne pas franchir une certaine ligne jaune : Ainsi, créer des outils de gouvernance (pôle de compétitivité) avec la vallée de la chimie du Rhône est tout à fait louable, mais de là à prétendre que « l’avenir de l’homme est dans le médicament », il y a un pas à ne pas franchir. Or, ces propos, tenus par le lobby pharmaceutique invité à la tribune de la Convention du parti socialiste pour un nouveau modèle de développement, ne suscita aucune réaction parmi les cadres de la fédération socialiste du Rhône. 

Je partage l’avis de Gérard Collomb lorsqu’il écrit dans son ouvrage « Et si la France s’éveillait…» le fait que « cela ne soit pas le déclinisme qui hante nos compatriotes, c’est une interrogation lucide et nécessaire sur les limites du politique. ». Je partage aussi ses écrits lorsqu’il dit que « l’endogamie entre pouvoir politique et pouvoir économique, lourde en conflits d’intérêts, est dangereuse » et qu’il faudrait donc commencer à faire le ménage…

Je ne le suis pas lorsqu’il prétend que les dirigeants des grandes firmes décident de l’avenir de Lyon (p.90) comme j’ai un regard critique sur sa façon de défendre le projet privé du Grand Stade sans apporter une vision plus large pour le développement de l’est de l’agglomération.

A cet égard, si le Grand Lyon souhaite suivre le modèle de Plaine Commune, force est de constater que Jacques Marsaud, professeur de science politique, ne nous a jamais présenté, du temps où il était secrétaire général de Saint Denis en 1998, l’objet Stade en lui-même, mais a toujours « promu » sa propre vision du développement de Plaine Commune et l’intérêt que cela représentait pour les concitoyens. En résumé, il n’attendait pas à ce que cela soit les marchands de footballeurs qui lui disent ce qui adviendra de son territoire.

En France, lorsque l’on évoque l’Entreprise publique, c’est un fait que l’on pense de prime abord aux sociétés d’économie mixte et c’est sur ce point sur lequel je vais porter mon propos :

Certains estiment que selon les circonstances et l’objet social, la détention du capital d’une entreprise par la puissance publique peut atteindre 100% (société publique locale) ou qu’une participation minoritaire (SEM inversée dite Poincaré de 1926, soit future société locale de partenariat) peut parfaitement se justifier. Laisser aux collectivités une grande autonomie dans la part du capital à détenir leur permettrait d’apprécier librement ce que doit être l’intervention publique. Pour autant, la participation du public dans une entreprise majoritairement privée ne va pas toujours de soi. Il importe de veiller à ce que la collectivité, par négligence ou incompétence, ne laisse trop d’autonomie à l’entreprise qui alors fixerait elle-même sa politique en oubliant les raisons pour lesquelles elle a été constituée. Il me semble que les SEM inversée (ou les PUP en aménagement) ne présentent un intérêt que si la logique d’entreprise est belle et bien mise au service de l’intérêt général.

Les SEM dite Bloch-Lainé de 1955 sont des institutions particulièrement adaptées à ce que la négociation existe entre les acteurs.  Elles constituent un outil de modernisation des services publics locaux, alternatif à la privatisation, permettant de conjuguer les valeurs de l’entreprise (satisfaction du client, performance de gestion, recherche de résultats, souplesse et réactivité) aux valeurs du service public (impulsion et contrôle des collectivités locales, recherche de l’intérêt général, vision à long terme, qualité et sécurité). Selon la charte de déontologie de la fédération des SEM adoptée en 1995 à Lyon, la décision de créer une SEM ne peut intervenir qu’au terme d’une analyse approfondie de son potentiel d’activité, à savoir les besoins actuels et futurs des acteurs publics et privés, susceptibles d’intervenir dans le secteur d’activité de la SEM. Les collectivités doivent s’assurer que le capital est compatible avec les objectifs et que les résultats prévisionnels lui permettront d’ajuster ses fonds propres à son activité propre, de couvrir ses risques et de maintenir ses capacités d’investissement…La collectivité doit veiller à l’affectio sociétatis et à ce que les motivations de chacun des actionnaires soient clairement identifiées.

L’identification des différences ne donne pas pour autant la façon dont est réalisée leur conciliation, précisera Jacky Darne, 1er Secrétaire fédéral du Rhône. C’est pourquoi, il est d’abord affirmé ce que sont les critères communs de gestion dans la charte des valeurs de la fédération des SEM adoptée en 2006 à Strasbourg. Les SEM assument leur culture d’entreprises, ayant en commun, avec touts les entreprises de France, la priorité donnée au client, la recherche constante de la meilleure performance – particulièrement en matière de résultat, l’objectif d’une croissance et d’une rémunération raisonnables du capital investi par les actionnaires – l’exigence d’une compétition loyale et transparente avec leurs concurrents. La satisfaction du plus grand nombre, et non la recherche du profit, guide leurs actions. A cette fibre citoyenne, s’ajoute la plus grande transparence : les SEM font partie des organismes les plus contrôlés en France. Selon la charte des valeurs, depuis 80 ans, les SEM mettent la logique d’entreprise au service de l’intérêt général. La performance consiste à rationaliser la gestion publique, à recentrer l’organisation de la gestion non plus sur ses contraintes internes mis sur les besoins des bénéficiaires, à améliorer l’information et la transparence à l’égard du parlement et des citoyens. La difficulté réside dans le choix d’indicateurs permettant d’évaluer l’efficience sur le plan qualitatif (au délà de la rationnalisation des choix budgétaires  des années 69, sur laquelle St Etienne semble être figée temporellement) ; le risque étant de tomber dans une multiplicité de données trop nombreuses pour être exploitables.

22 mars 2012

Grand Lyon : une économie-monde au petit pied ?

Publié par alias dans Economie & clusters

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L’ouvrage intitulé « La mondialisation et ses ennemis » de Daniel Cohen, économiste pragmatique et Président du conseil scientifique de la Fondation Jean Jaurès, se lit agréablement.  Sa thèse vise à contrecarrer bon nombre d’idées reçues : Ainsi, ce n’est pas de l’exploitation dont souffrent les pays pauvres mais d’abandon, rappelant alors que l’Occident n’a malheureusement et tout simplement pas besoin du tiers monde. En sommes, nous serions indifférents.

« Le paradoxe central de la mondialisation ne tient pas dans le fait qu’elle propage trop vite ou trop brutalement ses effets. A l’échelle du temps, il est vrai courte, du capitalisme, ce qui frappe est bien davantage sa faible capacité à diffuser le progrès technique dont il est porteur, que sa propension inverse à l’imposer partout. ».« Pour nous, pays riches, la mondialisation est en grande partie imaginaire, elle est peut-être notre imaginaire».

Le pouvoir d’attraction des grandes agglomérations 

Il s’emploie à relever certains paradoxes économiques dont celui-ci : « La baisse des coûts de communication ne propage pas la richesse, mais favorise bien davantage sa polarisation. Lorsqu’un chemin de fer relie deux villes, c’est la plus grande des deux qui prospère tandis que la plus petite disparaît dans bien des cas ».

Faut-il en déduire que lorsque le pôle métropolitain de la Région urbaine de Lyon sera créé, Lyon absorbera les forces économiques de St Etienne, Vienne, Bourgoin-Jallieu, mais encore que la future LGV POCL pourrait bien sonner le glas d’Orléans et de Clermont-Ferrand aux bénéfices des grandes métropoles ? Son modèle économique ne questionne pas le rôle joué par les villes moyennes en France…

Il reprendra la thèse de Jared Diamond « De l’inégalité parmi les sociétés. Essais sur l’homme et l’environnement dans l’histoire » afin d’expliquer que les vastes territoires disposent d’une variété écologique qui leur permet de créer un processus autocatalytique, c’est-à-dire une croissance endogène : plus de population, plus d’inventions, plus de population. Ou encore que selon le modèle de croissance de type smithienne, un grand marché favorise une division du travail efficace entre les personnes/régions d’une même économie.

La nouvelle économie-monde : un commerce de voisinage avant tout 

La mondialisation d’hier portait non sur les choses ou les images mais principalement sur la mobilité des personnes. Ainsi 10% de la population mondiale était formée d’immigrés en 1913 ; la mobilité des hommes entraîne dans son sillage celle du capital. Or, le chiffre aujourd’hui est trois fois moindre, ce qui fait dire à certains économistes que la mondialisation d’aujourd’hui est en réalité de bien moindre ampleur que celle du 19e s, ce qui conduira Daniel Cohen à écrire : « on voit la mondialisation partout, sauf dans les statistiques. ».

Dans la nouvelle économie-monde, le commerce serait devenu principalement une affaire de riches : L’Europe des 15 représente à elle seule près de 40% du commerce mondial et les 2/3 de ses exportations et de ses importations sont à destination ou en provenance de ses membres. Certes, en raison des économies d’échelles, – et non d’un avantage comparatif – , une entreprise installée sur un territoire gagne toujours à étendre sa zone d’influence au-delà de ses frontières naturelles, toutefois « le gros du commerce mondial se présente comme un commerce de voisinage, tant sur les produits que sur les partenaires commerciaux ».

En réalité, le commerce mondial porte à 80% sur des produits industriels ou agricoles et à 20% seulement sur les services, or la réalité de l’emploi dans les pays riches est rigoureusement inverse. De plus, « rien n’est plus lourd d’ambiguïté que cette notion d’économie post-industrielle » : le seul pays dans l’histoire du monde où la part de la population employée dans l’industrie ait frôlé les 50% est l’Angleterre au 19es, sachant que dès 1913, cette part est devenue minoritaire. « Il peut donc paraître cocasse de parler de sociétés post-industrielles, alors même que l’emploi industriel n’y a jamais été dominant ».

La valeur n’est plus dans la production, si bien que pour amortir les coûts de recherche et de développement qui forment le cœur de son activité, une firme de la nouvelle économie doit absolument bénéficier d’une rente de situation, qu’elle soit technologique (conception) ou commerciale (prescription). Les nouveaux groupes montrent une propension à occuper l’ensemble de leur marché qui semble irrépressible, quasi monopolistique, loin de la concurrence pure et parfaite. « Là où la technique permet d’abaisser le coût de fabrication, les forces du marché restaurent et reconstituent les barrières d’entrées ». Daniel Cohen focalisera son attention sur les grands groupes et n’évoquera pas le tissu économique des PME-PMI…

Centre et périphérie : de nouvelles inégalités 

Se référant à Fernand Braudel dans « Civilisation matérielle, économie et capitalisme », il précisera que l’économie monde est d’abord un espace géographique solidement fixé autour d’un centre, souvent une ville. « Lorsque le centre est fixé, l’économie monde se présente alors en une série de cercles concentriques, de prospérité déclinante gravitant autour de lui. Braudel évoque ces unités provinciales qui sont autant d’économies-mondes au petit pied ».

La Région qui prospère profite des liens en amont qui permettent à une firme de partager avec d’autres producteurs un même marché du travail ou une gramme de sous-traitants, ce qu’Albert Hirschman a appelé les backwards linkages. Elle tire également avantage des foreward linkages, des liens en aval fournis par la proximité des consommateurs et la connaissance de leur goûts.

Le schéma qui se dessine est celui d’un cœur polyvalent et prospère, et des régions limitrophes hyperspécialisées et pauvres. Alors que les écarts entre nations ne cesse de se réduire, les inégalités entre régions ont brutalement arrêté de décroître depuis plus de 20 ans.

A l’encontre de la théorie ricardienne selon laquelle il est bon de se spécialiser dans une tâche, émerge ici une idée exactement inverse, explique l’auteur : Ce qui est bon pour un individu ne l’est pas pour une région ou une nation. « Pour se développer, un pays doit devenir à son tour un centre, c’est-à-dire un lieu dense de production et de consommation. ».

En conclusion, Daniel Cohen mise sur 3 leviers simultanés comme facteurs de développement : l’éducation pour tous, l’investissement et la technologie ; tout en sachant que les sociétés les plus égalitaires sont aussi celles qui ont la production la plus élevée d’éducation ou de santé.

Cohen D., La mondialisation et ses ennemis, Grasset, 2004.

7 février 2012

Les partenariats public privé institutionnalisés

Publié par alias dans Economie & clusters

Les sociétés publiques locales, les sociétés d’économie mixte et les sociétés locales de partenariat sont des sociétés anonymes de droit privé. Elles ne peuvent choisir leur champ de compétences et doivent répondre aux exigences des collectivités. Elles exercent des activités industrielles et commerciales ou d’intérêt général, ce qui n’en ferrait pas une grande menace pour le champ concurrentiel, mais ce point de vue ne semble pas partagé par tous. 

Du fait de la raréfaction des ressources financières, le Président de la FEPL estime que les collectivités auraient plutôt tendance à créer des sociétés publiques locales, si et seulement si, le marché est défaillant. Il estime aussi que dans une économie ultra financiarisée, l’argent doit servir l’intérêt général. Il se montre donc favorable au partenariat public privé institutionnalisé. Le choix pour telle ou telle type de société anonyme dépend du risque et du partage du risque. 

La commission européenne a été saisie d’un recours contre la loi du 24 mai 2010 créant les SPL par le Medef, lequel ne critiquerait pas son existence, mais estimerait son emploi trop excessif.  Rappelons simplement qu’en 2006, le Conseil d’Etat avait retenu comme critères justifiant l’intervention publique, l’intérêt général et le respect des règles de la concurrence, abandonnant celui lié à la carence de l’initiative privée. Toutefois, la participation d’un trop grand nombre de collectivités soulèverait l’effectivité d’un « contrôle analogue » et donc le recours au « in house ».

Rappel de base : 

- Les SPL/SPLA (société publique locale/d’aménagement) sont détenues entièrement par les collectivités ; le secteur privé n’en faisant pas partie. 

- Les SEM (société d’économie mixte) sont détenues majoritairement par le secteur public (de 51 à 85% du capital) ; le secteur privé étant minoritaire. 

- Les SLP (société locale de partenariat), en débat, seraient détenues majoritairement par le secteur privé (de 51% à 61% du capital) ; le secteur public serait minoritaire. 

Ce schéma est théorique car il arrive que les SEM soient entièrement publiques : La Caisse des dépôts et de consignations masquent souvent des acteurs publics, la SEM sert alors d’outil de déconsolidation de la dette ou permet de camoufler des prises de participation. Lorsque des SEM se transforment subitement en SPLA, cela signifie que le privé était relativement fictif. A contrario, il existe d’anciennes SEM, dites SEM Poincaré ou SEM inversées, où les capitaux privés sont largement majoritaires.  (Lire la suite…)

15 janvier 2012

Les collectivités territoriales peuvent-elles financer des entreprises en difficulté ?

Publié par alias dans Economie & clusters

Les périodes de crise ont toujours été favorables à un regain d’investissement public, souvent accompagné d’une redistribution des cartes.  Si l’Etat respectueux d’un certain libéralisme a peu à peu cédé du terrain à des collectivités locales désireuses d’intervenir plus largement, les collectivités sont-elles également appelées à se substituer  à un secteur privé défaillant et à un secteur bancaire dérégulé ? Les collectivités territoriales et leurs groupements peuvent-elles accorder une subvention à une entreprise en dépôt de bilan afin de financer ses charges de fonctionnement en attendant un repreneur éventuel ? Ont-elles le droit de contribuer au soutien des entreprises en difficulté en y injectant des fonds propres ?

L’attribution des aides publiques reste fortement encadrée, d’une part par la Commission européenne et la CJCE, laquelle n’autorise l’intervention du secteur public dans le champ concurrentiel qu’en cas de circonstances exceptionnelles, voire dans une certaine optique (traité de Lisbonne) – et d’autre part, par la loi du 13 août 2004, laquelle départage les compétences des collectivités territoriales en la matière. Depuis 2004, la distinction entre aides directes (subventions, prêts…) et aides indirectes (zones  d’aménagement concerté, voirie…) a été supprimée et trois nouveaux régimes d’aides institués :

Les aides aux entreprises en difficulté sont désormais réservées aux Régions et Départements ; les communes et leurs groupements étant en principe seulement consultées. Une commune ou une intercommunalité ne sont pas compétentes pour accorder une subvention/avance à une entreprise en dépôt de bilan en attendant un repreneur éventuel (aides aux entreprises en difficulté), ayant par contre pour compétence le développement économique (aide à la création ou à l’extension d’activité). La nuance est subtile mais elle s’inscrit dans l’histoire : le législateur et les CRC ont de longue date cherché à renforcer l’échelle régionale, considérant l’action communale et la multiplication des intervenants comme non pertinentes. (Lire la suite…)

9 août 2011

Propriété moderne/Usage postmoderne, selon J. Rifkin

Publié par alias dans Economie & clusters

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Dans son ouvrage un peu répétitif intitulé « l’âge de l’accès », Jérémy Rifkin estime que l’idée même de propriété paraîtra singulièrement limitée voire complètement démodée d’ici 2025. Selon l’auteur, nous entrons dans une nouvelle époque plus cérébrale du capitalisme : les réseaux prennent la place des marchés, la notion d’accès se substitue à celle de propriété. L’économie est en train de se dématérialiser.

Dès à présent, les entreprises préfèrent louer des services qu’être propriétaires suivant l’adage aristotélicien « Il y a plus de richesse dans l’usage que dans la propriété ». Dans une société ultramobile et volatile, c’est la disponibilité humaine qui devient une ressource rare bien plus que la dimension territoriale. La marchandisation du temps devient plus importante que l’expropriation de l’espace. Si la société industrielle se définit par  le volume des biens qu’elle produit en tant que critère d’un certain niveau de vie, la société post industrielle se définit par la qualité de vie qu’elle offre en termes de services et de prestations (santé, éducation, loisir et culture).  Pour les secteurs dotés d’actifs matériels considérables, comme l’immobilier, la chimie ou la sidérurgie, il sera de plus en plus difficile de faire de l’argent.  Ce sont les sciences de l’information et les sciences de la  vie – les ordinateurs et le gènes – qui vont dominer une bonne partie de l’activité économique du 21e siècle.

Sa description correspond bien à l’économie de la connaissance. Pouvons-nous en déduire que les entreprises choisiront de s’implanter là où se trouvent les potentiels humains hautement qualifiés, c’est-à-dire là où les salariés auraient accès à de nombreux services (santé, éducation, loisir et culture) ? Voilà de quoi réinterroger les idées véhiculées par les détracteurs des services publics… 

Si les périodes de marchés stables et réguliers avantagent les organisations de type hiérarchiques, les périodes fluctuantes favorisent les entreprises en réseaux. La connectivité est la principale caractéristique de l’activité économique effectuée dans le cyberespace. Cette pratique repose sur la conviction qu’en mettant en commun leurs ressources, les entreprises peuvent chacune de leur côté optimiser leur propre objectif. Dans un monde de concurrence croissante et de diversifications des biens et des services, où les produits ont un cycle de vie de plus en plus court, la clé du succès consiste à contrôler les ressources financières et les circuits de distribution, en se déchargeant sur des entreprises de taille plus modeste – les sous-traitants – du fardeau de la propriété et de la gestion d’une infrastructure matérielle. Manuel Castells identifie cinq types principaux de réseaux au sein de la nouvelle économie : les réseaux de prestataires, de producteurs, de clients, de coalition et de coopération technologique. Toutefois, précisera l’auteur, il faut bien garder en mémoire le fait que les institutions culturelles rendent possible l’existence du marché en créant de la confiance.

Alors que les spéculateurs boursiers misent essentiellement sur les entreprises non capitalistiques (le temps), le gouvernement français a choisi de réformer la taxe professionnelle afin d’encourager leur implantation et la valeur locative de leur équipement (l’espace).  Il me semble par ailleurs que la principale faiblesse des pôles de compétitivité en France semble se situer dans les réseaux de coalition, lesquels sont censés rassembler le plus grand nombre d’entreprises d’une même branche en vue de se mettre au niveau des normes techniques définies par le leader de la branche, pratique qui semble familière aux Allemands (protectionnisme larvé). Enfin, notons que l’auteur insiste fortement sur la nécessité d’entretenir le secteur associatif et culturel, sans lequel aucun marché ne serait possible. 

L’auteur poursuit ainsi : La déréglementation des services et la privatisation de nombreux secteurs dépendant précédemment de l’Etat ont donné lieu à nombre de controverses. En revanche, la tendance à l’absorption de la sphère privée individuelle par la logique du marché est passée relativement inaperçue. Aussi assistons-nous à une forme de marchandisation des expériences privées.

L’identité de l’individu du 21e s repose moins sur le volume de ce qu’il produit et accumule que sur le nombre et l’intensité des expériences auxquelles il a accès. La nouvelle génération vit dans un monde de performance de type théâtrale plutôt que de définitions idéologiques et adoptera une éthique de joueurs plutôt que de producteurs. La conception agressive du domaine réservé du moi, qui caractère l’ère de la propriété, cède la place à une perception de la réalité en termes d’interdépendance et d’implication mutuelle, une conception plus coopérative que concurrentielle et liée à un mode de pensée plus systémique, participatif et consensuel. La liberté personnelle ne sera plus fondée sur leurs droits de propriété et la capacité d’exclure, mais plutôt sur le droit d’être intégré à des réseaux. Les énoncés affirmatifs, si caractéristiques de la personnalité autonome, semblent céder la place à des énoncés interrogatifs qui reflètent une identité plus relationnelle

L’auteur s’interroge, non sans manifester des inquiétudes, sur les conséquences de la société du spectacle et de l’usage des réseaux sociaux financés par la publicité, sur la construction de la personnalité de l’individu, laquelle pourrait s’en trouver fragmentée. L’étude menée par Millénaire 3 est nettement plus nuancée, les frontières entre le réel et l’imaginaire étant poreuse, il importerait cependant de revaloriser les sciences historiques.

Rifkin J., l’âge de l’accès la nouvelle culture du capitalisme, La découverte, 2000.

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