Le temps, la ville et l’urbaniste

2 août 2012

Reality and Fantasy

Publié par alias dans Culture

22 juillet 2012

La préparation du roman (R.Barthes)

Publié par alias dans Culture

Les cours retranscrits de Roland Barthes, que cela  soit  »comment vivre ensemble » ou « la préparation du roman », m’ont toujours agréablement surprise. Dans la préparation du roman, il répondra notamment à un bon nombre de mes questions, dont paraît-il, d’autres auteurs tels que Faulkner répondirent d’une manière plus concise, mais qu’importe. Que m’a-t-il appris, en dépit du fait que l’on n’apprend généralement que ce que l’on sait déjà ?

En vrac, car il ne s’agit pas d’un résumé mais d’une sélection personnelle. Roland Barthes s’autorise le bariolage des genres, entre roman et essai. La seule satisfaction vraie qu’un écrit publié peut lui donner, c’est lorsque, par quelques lettres de lecteurs inconnus, il peut se convaincre qu’il a répondu à une demande qui s’ignorait, preuve que son livre est vivant. Le bon livre est cadencé, certaines parties s’affaisseront quand d’autres resteront debout dressées, cristallines, pures et brillantes. Le grand écrivain n’est pas quelqu’un à qui on se compare, mais à qui l’on peut, l’on veut, plus ou moins partiellement, s’identifier. Roland Barthes estime que la littérature n’est plus soutenue que par une clientèle de déclassés.

Il dira que l’on échoue toujours à parler de ce qu’on aime. L’écriture ne peut coïncider avec l’Amour, elle vient après.   L’imaginaire de l’auteur n’est pas psychologique, il est désirent, amoureux. Le roman aime le monde, il est une pratique pour lutter contre la sécheresse de coeur, l’acédie. L’auteur écrit pour être aimé, mais de loin.  L’être aimé pour lequel on écrit n’aimera pas ce livre, parce qu’il ne le laisse pas parler : mieux vaut mon moi réel, même modeste, que mon image, même grandiose. L’oeuvre d’art sépare, plus forte, elle sépare encore davantage les deux partenaires.

Le deuil marquera le pli décisif, celui qui incite à écrire, même si la vocation littéraire coïncide à peu près avec la puberté. Selon Proust, écrire sert à vaincre la Mort, non pas la sienne, mais celle de ceux qu’on aime, en portant témoignage pour eux, en les perpétuant, en les érigeant hors de la non-Mémoire. Mais ce n’est pas la mémoire qui est créatrice, c’est sa déformation. Et selon Baudelaire, les grandes circonstances de la vie se manifestent dans la vérité emphatique du geste. A l’esthétique s’ajoute une symbolique. Le roman commence lorsque se mêle sans prévenir le vrai et le faux, le vrai criant, absolu, et le faut coloré, brillant, venu de l’ordre du Désir et de l’Imaginaire.

L’eurêka barthésien consiste à saisir l’épiphanie passionnelle de l’instant, à lui donner valeur d’absolu puis à réconcilier arrachement de soi et création de soi. Un oeuvre dégage un sentiment de nécéssité. Le roman est un discours sans arrogance, celui qui ne fait pas pression sur le lecteur. Parler du temps qu’il fait a une fonction phatique, mais aussi une charge existentielle, il met en jeu le sentir-être du sujet, la pure et mystérieuse sensation de la vie (éveils précoces des saisons, alanguissement des saisons qui meurent). Le je passe dans le corps, le corps dans la sensation, la sensation dans le moment.

Or il est extrêmement difficile de ne pas donner le sens, un sens, de se priver de tout commentaire ; la futilité de l’incident se découvre à nu, assumer la futilité devient presque héroïque. Selon Blanchot, tout artiste est lié à une erreur avec laquelle il a un rapport particulier d’intimité. La contingence cerne le périssable, le mortel. Plus c’est concret, plus c’est vivant, et plus c’est vivant, plus cela va mourir, il s’agit de la plus-value énigmatique donnée par l’écriture.

La quête du roman ne peut que s’achever sur un monde, mélancolique et lumineux, d’apparitions. Ce n’est qu’en luttant avec le réel que le fantasme se perd comme fantasme et atteint le Subtil, l’Inouï. Mieux vaut l’imaginaire du Sujet que sa censure. Selon Sollers, l’écrivain, l’intellectuel, s’il veut survivre, devra accepter de s’injecter un peu de paranoïa. Le fascisme, ce n’est pas empêché de dire, c’est obliger de dire. L’écrivain devra affronter l’épreuve du doute, de la patience et de la séparation. L’écrivain aura à assumer l’image d’un être indisponible, distant, ingénéreux.

Les résistances à être dérangé sont parfois mises sur le dos d’une mauvaise humeur, comme si la nature, c’était déranger / être dérangé. Mais Michelet aurait parlé d’un peuple de l’Antiquité qui aurait péri faute d’avoir su dire non. Une originalité, même simplement vestimentaire, rend autre, éloigne et en quelque sorte dispense d’être demandé. Kafka précisera que l’inaptitude à supporter la vie seul ne veut pas dire inaptitude à vivre seul, bien au contraire.

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