Le temps, la ville et l’urbaniste

21 avril 2012

Des avenants aux concessions d’aménagement (ZAC) illégaux

Publié par alias dans Aménagement & urba

Dans sa décision du 18 novembre 2011, le Conseil d’Etat a confirmé l’ineffectivité de la loi du 20 juillet 2005 relative aux conventions d’aménagement, rappelant ainsi la supériorité de la jurisprudence européenne.

En effet, la jurisprudence « Telaustria » du 7 décembre 2000 de la Cour de justice de l’union européenne (CJUE) soumet l’ensemble des contrats conclus par les pouvoirs adjudicateurs aux obligations minimales de publicité et de transparence propres à assurer l’égalité d’accès à ces contrats. Dans son arrêt « Auroux » du 18 janvier 2007, la CJUE rappela que la passation de convention d’aménagement sans publicité préalable ni mise en concurrence est illégale.

Or, la loi de juillet 2005 relative aux conventions d’aménagement chercha à sauvegarder les précédentes concessions d’aménagement passées sans mise en concurrence entre les opérateurs. Ainsi, à l’époque, Gilles de Robien (Centristes), Ministre de l’équipement de Jean-Pierre Raffarin déclara-t-il, avant de devenir Ministre de l’Education nationale en mai : « les conventions signées dans le passé ne seront pas remises en cause. Il ne faut pas attendre que la nouvelle loi ait été votée pour signer les conventions des ZAC en cours de création. »  

Ainsi, dans sa décision du 18 novembre 2011, le Conseil d’Etat considère comme étant sans base légale toute concession d’aménagement conclue sans publicité préalable ni mise en concurrence, ou tout avenant relatif à ladite convention, ou tout acte détachable dudit contrat pris après le 7 décembre 2000. Ce qui laisse planer cinq bonnes années (2000-2005) d’insécurité juridique sur les actes administratifs pris, voire au-delà de 2005.

La solution consiste bien sûr à mettre fin au plus vite aux concessions d’aménagement conclues illégalement encore en vigueur, et d’éviter de prendre de nouveaux avenants, lesquels étaient d’autant plus facilités qu’il n’y avait pas eu de mise en concurrence préalable.  Rappelons au passage que l’avenant d’un contrat entaché de nullité est lui-même nul et ne saurait régulariser le contrat initial (cf TA Versailles 6 juin 1996, Sté Aubettes c/Pdt CG Seine et Marne ; CRC Aquitaine, 11 mars 2001, District de Bayonne-Anglet-Biarritz).

—–

Conseil d’État 
 
N° 342147 
Mentionné au tables du recueil Lebon 
7ème et 2ème sous-sections réunies 
 
Lecture du vendredi 18 novembre 2011

REPUBLIQUE FRANCAISE 
 
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

 
Vu le pourvoi sommaire et le mémoire complémentaire, enregistrés les 3 août et 3 novembre 2010 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, présentés pour la SNC EIFFAGE AMENAGEMENT, dont le siège est au 3 avenue Morane Saulnier BP 46 à Vélizy Villacoublay Cedex (78141) ; la SNC EIFFAGE AMENAGEMENT demande au Conseil d’Etat : 

 
Considérant qu’il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que le maire de Wissous a signé le 26 novembre 2004 une convention avec la société SNC GESTEC, aux droits de laquelle est venue la SNC EIFFAGE AMENAGEMENT en vue de l’aménagement du quartier de la gare ; que M. Thanh Nhon Nguyen a saisi le tribunal administratif de Versailles d’une demande d’annulation de la décision de signer cette convention ; que par un arrêt du 15 avril 2010, la cour administrative d’appel de Versailles, après avoir annulé le jugement du tribunal administratif de Versailles du 15 juillet 2008, a annulé la décision de signer la convention d’aménagement et enjoint à la commune de Wissous, si elle ne pouvait obtenir sa résolution amiable, de saisir le juge du contrat afin qu’il en prononce la nullité ; que la SNC EIFFAGE AMENAGEMENT se pourvoit en cassation contre cet arrêt ; 
 
Considérant, en premier lieu, que la cour administrative d’appel de Versailles, dont l’arrêt est suffisamment motivé, n’a pas commis d’erreur de droit en jugeant que la demande de M. Nguyen tendant à l’annulation pour excès de pouvoir de la décision de signer la convention d’aménagement conclue avec la société SNC GESTEC, n’était pas tardive, dès lors qu’elle a relevé, par une appréciation souveraine exempte de dénaturation, que cette décision n’avait pas fait elle-même l’objet d’une mesure de publicité ; que de même, elle n’a pas commis d’erreur de droit en jugeant que M. Nguyen justifiait, en sa qualité de voisin de la zone objet de l’aménagement, d’un intérêt à demander l’annulation pour excès de pouvoir de la décision de signer cette convention d’aménagement ;

   
Considérant, en deuxième lieu, que les dispositions de l’article L. 300-4 du code de l’urbanisme, en vigueur à la date de la décision attaquée, excluaient les conventions d’aménagement, contrats par lesquels une personne publique délègue la réalisation d’une opération d’aménagement comportant la maîtrise d’ouvrage des travaux et équipements, des règles de publicité et de mise en concurrence prévues pour la passation des délégations de services publics ; que ces conventions devant néanmoins être soumises à des règles de publicité et de mise en concurrence, tant en vertu des exigences découlant des principes généraux du droit communautaire de non-discrimination et d’égalité de traitement que des règles applicables à la conclusions des concessions de travaux au sens du droit de l’Union européenne, la loi du 20 juillet 2005 relative aux concessions d’aménagement a modifié cet article L. 300-4 afin de le mettre en conformité avec le droit de l’Union européenne, en soumettant l’attribution des conventions d’aménagement à une procédure de publicité permettant la présentation de plusieurs offres concurrentes ; que l’article 11 de cette loi du 20 juillet 2005 a cependant prévu, sous réserve des décisions de justice passées en force de chose jugée, la validation de l’ensemble des conventions d’aménagement signées avant la publicité de la loi, en tant que leur légalité serait contestée au motif que la désignation de l’aménageur n’a pas été précédée d’une procédure de publicité permettant la présentation de plusieurs offres concurrentes :

   
Mais considérant que les dispositions de l’article 11 de la loi du 20 juillet 2005 tendent à soustraire les conventions d’aménagement à l’exigence d’une publicité préalable à la conclusion de ces contrats, découlant, ainsi qu’il a été dit, tant du respect des principes généraux du droit de l’Union européenne de non-discrimination et d’égalité de traitement que des règles applicables à la conclusion des concessions de travaux au sens de ce droit ; que le principe de sécurité juridique, s’il est susceptible de permettre aux cocontractants de poursuivre leurs relations contractuelles durant une période transitoire, afin de les dénouer dans des conditions acceptables, ne saurait autoriser la validation pure et simple de ces conventions ; que, par suite, la cour n’a pas commis d’erreur de droit en jugeant illégale la décision de signer la convention litigieuse au motif tiré de ce que, en l’absence au cas d’espèce d’un motif impérieux d’intérêt général, l’article 11 de la loi du 20 juillet 2005 ne pouvait faire obstacle à l’application du droit de l’Union européenne ; 

 
Considérant enfin, que pour prononcer l’injonction sous astreinte à la commune de Wissous, si elle ne pouvait obtenir la résiliation amiable de cette convention d’aménagement, de saisir dans un certain délai le juge du contrat afin qu’il prononce la nullité de ladite convention d’aménagement, la cour n’a pas dénaturé les pièces du dossier en jugeant que les défendeurs n’établissaient ni la réalité des pertes alléguées, ni l’impossibilité de reprendre ultérieurement les opérations d’aménagement, ni la remise en cause des acquisitions déjà effectuées et des autorisations déjà délivrées ; 

 
Considérant qu’il résulte de ce qui précède que le pourvoi de la SNC EIFFAGE AMENAGEMENT doit être rejeté ; 

 
Considérant qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la SNC EIFFAGE AMENAGEMENT le versement d’une somme de 3 000 euros à M. Thanh Nhon Nguyen ; que les mêmes dispositions font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge de M. Nguyen, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme demandée par la SNC EIFFAGE AMENAGEMENT ; 
 
D E C I D E : 
————– 
Article 1er : Le pourvoi de la SNC EIFFAGE AMENAGEMENT est rejeté. 
Article 2 : La SNC EIFFAGE AMENAGEMENT versera une somme de 3 000 euros à M. Thanh Nhon Nguyen en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. 
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SNC EIFFAGE AMENAGEMENT, à la commune de Wissous et à Monsieur Thanh Nhon Nguyen.

Laisser un commentaire

POUR LA VERITABLE LIBERTE |
kamalamari |
POI - comité Les Ulis Orsay |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | regismorra
| Notre si belle et si chère ...
| Allant-Vert