Le temps, la ville et l’urbaniste

22 mars 2012

Grand Lyon : une économie-monde au petit pied ?

Publié par alias dans Economie & clusters

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L’ouvrage intitulé « La mondialisation et ses ennemis » de Daniel Cohen, économiste pragmatique et Président du conseil scientifique de la Fondation Jean Jaurès, se lit agréablement.  Sa thèse vise à contrecarrer bon nombre d’idées reçues : Ainsi, ce n’est pas de l’exploitation dont souffrent les pays pauvres mais d’abandon, rappelant alors que l’Occident n’a malheureusement et tout simplement pas besoin du tiers monde. En sommes, nous serions indifférents.

« Le paradoxe central de la mondialisation ne tient pas dans le fait qu’elle propage trop vite ou trop brutalement ses effets. A l’échelle du temps, il est vrai courte, du capitalisme, ce qui frappe est bien davantage sa faible capacité à diffuser le progrès technique dont il est porteur, que sa propension inverse à l’imposer partout. ».« Pour nous, pays riches, la mondialisation est en grande partie imaginaire, elle est peut-être notre imaginaire».

Le pouvoir d’attraction des grandes agglomérations 

Il s’emploie à relever certains paradoxes économiques dont celui-ci : « La baisse des coûts de communication ne propage pas la richesse, mais favorise bien davantage sa polarisation. Lorsqu’un chemin de fer relie deux villes, c’est la plus grande des deux qui prospère tandis que la plus petite disparaît dans bien des cas ».

Faut-il en déduire que lorsque le pôle métropolitain de la Région urbaine de Lyon sera créé, Lyon absorbera les forces économiques de St Etienne, Vienne, Bourgoin-Jallieu, mais encore que la future LGV POCL pourrait bien sonner le glas d’Orléans et de Clermont-Ferrand aux bénéfices des grandes métropoles ? Son modèle économique ne questionne pas le rôle joué par les villes moyennes en France…

Il reprendra la thèse de Jared Diamond « De l’inégalité parmi les sociétés. Essais sur l’homme et l’environnement dans l’histoire » afin d’expliquer que les vastes territoires disposent d’une variété écologique qui leur permet de créer un processus autocatalytique, c’est-à-dire une croissance endogène : plus de population, plus d’inventions, plus de population. Ou encore que selon le modèle de croissance de type smithienne, un grand marché favorise une division du travail efficace entre les personnes/régions d’une même économie.

La nouvelle économie-monde : un commerce de voisinage avant tout 

La mondialisation d’hier portait non sur les choses ou les images mais principalement sur la mobilité des personnes. Ainsi 10% de la population mondiale était formée d’immigrés en 1913 ; la mobilité des hommes entraîne dans son sillage celle du capital. Or, le chiffre aujourd’hui est trois fois moindre, ce qui fait dire à certains économistes que la mondialisation d’aujourd’hui est en réalité de bien moindre ampleur que celle du 19e s, ce qui conduira Daniel Cohen à écrire : « on voit la mondialisation partout, sauf dans les statistiques. ».

Dans la nouvelle économie-monde, le commerce serait devenu principalement une affaire de riches : L’Europe des 15 représente à elle seule près de 40% du commerce mondial et les 2/3 de ses exportations et de ses importations sont à destination ou en provenance de ses membres. Certes, en raison des économies d’échelles, – et non d’un avantage comparatif – , une entreprise installée sur un territoire gagne toujours à étendre sa zone d’influence au-delà de ses frontières naturelles, toutefois « le gros du commerce mondial se présente comme un commerce de voisinage, tant sur les produits que sur les partenaires commerciaux ».

En réalité, le commerce mondial porte à 80% sur des produits industriels ou agricoles et à 20% seulement sur les services, or la réalité de l’emploi dans les pays riches est rigoureusement inverse. De plus, « rien n’est plus lourd d’ambiguïté que cette notion d’économie post-industrielle » : le seul pays dans l’histoire du monde où la part de la population employée dans l’industrie ait frôlé les 50% est l’Angleterre au 19es, sachant que dès 1913, cette part est devenue minoritaire. « Il peut donc paraître cocasse de parler de sociétés post-industrielles, alors même que l’emploi industriel n’y a jamais été dominant ».

La valeur n’est plus dans la production, si bien que pour amortir les coûts de recherche et de développement qui forment le cœur de son activité, une firme de la nouvelle économie doit absolument bénéficier d’une rente de situation, qu’elle soit technologique (conception) ou commerciale (prescription). Les nouveaux groupes montrent une propension à occuper l’ensemble de leur marché qui semble irrépressible, quasi monopolistique, loin de la concurrence pure et parfaite. « Là où la technique permet d’abaisser le coût de fabrication, les forces du marché restaurent et reconstituent les barrières d’entrées ». Daniel Cohen focalisera son attention sur les grands groupes et n’évoquera pas le tissu économique des PME-PMI…

Centre et périphérie : de nouvelles inégalités 

Se référant à Fernand Braudel dans « Civilisation matérielle, économie et capitalisme », il précisera que l’économie monde est d’abord un espace géographique solidement fixé autour d’un centre, souvent une ville. « Lorsque le centre est fixé, l’économie monde se présente alors en une série de cercles concentriques, de prospérité déclinante gravitant autour de lui. Braudel évoque ces unités provinciales qui sont autant d’économies-mondes au petit pied ».

La Région qui prospère profite des liens en amont qui permettent à une firme de partager avec d’autres producteurs un même marché du travail ou une gramme de sous-traitants, ce qu’Albert Hirschman a appelé les backwards linkages. Elle tire également avantage des foreward linkages, des liens en aval fournis par la proximité des consommateurs et la connaissance de leur goûts.

Le schéma qui se dessine est celui d’un cœur polyvalent et prospère, et des régions limitrophes hyperspécialisées et pauvres. Alors que les écarts entre nations ne cesse de se réduire, les inégalités entre régions ont brutalement arrêté de décroître depuis plus de 20 ans.

A l’encontre de la théorie ricardienne selon laquelle il est bon de se spécialiser dans une tâche, émerge ici une idée exactement inverse, explique l’auteur : Ce qui est bon pour un individu ne l’est pas pour une région ou une nation. « Pour se développer, un pays doit devenir à son tour un centre, c’est-à-dire un lieu dense de production et de consommation. ».

En conclusion, Daniel Cohen mise sur 3 leviers simultanés comme facteurs de développement : l’éducation pour tous, l’investissement et la technologie ; tout en sachant que les sociétés les plus égalitaires sont aussi celles qui ont la production la plus élevée d’éducation ou de santé.

Cohen D., La mondialisation et ses ennemis, Grasset, 2004.

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