Le temps, la ville et l’urbaniste

9 août 2011

Propriété moderne/Usage postmoderne, selon J. Rifkin

Publié par alias dans Economie & clusters

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Dans son ouvrage un peu répétitif intitulé « l’âge de l’accès », Jérémy Rifkin estime que l’idée même de propriété paraîtra singulièrement limitée voire complètement démodée d’ici 2025. Selon l’auteur, nous entrons dans une nouvelle époque plus cérébrale du capitalisme : les réseaux prennent la place des marchés, la notion d’accès se substitue à celle de propriété. L’économie est en train de se dématérialiser.

Dès à présent, les entreprises préfèrent louer des services qu’être propriétaires suivant l’adage aristotélicien « Il y a plus de richesse dans l’usage que dans la propriété ». Dans une société ultramobile et volatile, c’est la disponibilité humaine qui devient une ressource rare bien plus que la dimension territoriale. La marchandisation du temps devient plus importante que l’expropriation de l’espace. Si la société industrielle se définit par  le volume des biens qu’elle produit en tant que critère d’un certain niveau de vie, la société post industrielle se définit par la qualité de vie qu’elle offre en termes de services et de prestations (santé, éducation, loisir et culture).  Pour les secteurs dotés d’actifs matériels considérables, comme l’immobilier, la chimie ou la sidérurgie, il sera de plus en plus difficile de faire de l’argent.  Ce sont les sciences de l’information et les sciences de la  vie – les ordinateurs et le gènes – qui vont dominer une bonne partie de l’activité économique du 21e siècle.

Sa description correspond bien à l’économie de la connaissance. Pouvons-nous en déduire que les entreprises choisiront de s’implanter là où se trouvent les potentiels humains hautement qualifiés, c’est-à-dire là où les salariés auraient accès à de nombreux services (santé, éducation, loisir et culture) ? Voilà de quoi réinterroger les idées véhiculées par les détracteurs des services publics… 

Si les périodes de marchés stables et réguliers avantagent les organisations de type hiérarchiques, les périodes fluctuantes favorisent les entreprises en réseaux. La connectivité est la principale caractéristique de l’activité économique effectuée dans le cyberespace. Cette pratique repose sur la conviction qu’en mettant en commun leurs ressources, les entreprises peuvent chacune de leur côté optimiser leur propre objectif. Dans un monde de concurrence croissante et de diversifications des biens et des services, où les produits ont un cycle de vie de plus en plus court, la clé du succès consiste à contrôler les ressources financières et les circuits de distribution, en se déchargeant sur des entreprises de taille plus modeste – les sous-traitants – du fardeau de la propriété et de la gestion d’une infrastructure matérielle. Manuel Castells identifie cinq types principaux de réseaux au sein de la nouvelle économie : les réseaux de prestataires, de producteurs, de clients, de coalition et de coopération technologique. Toutefois, précisera l’auteur, il faut bien garder en mémoire le fait que les institutions culturelles rendent possible l’existence du marché en créant de la confiance.

Alors que les spéculateurs boursiers misent essentiellement sur les entreprises non capitalistiques (le temps), le gouvernement français a choisi de réformer la taxe professionnelle afin d’encourager leur implantation et la valeur locative de leur équipement (l’espace).  Il me semble par ailleurs que la principale faiblesse des pôles de compétitivité en France semble se situer dans les réseaux de coalition, lesquels sont censés rassembler le plus grand nombre d’entreprises d’une même branche en vue de se mettre au niveau des normes techniques définies par le leader de la branche, pratique qui semble familière aux Allemands (protectionnisme larvé). Enfin, notons que l’auteur insiste fortement sur la nécessité d’entretenir le secteur associatif et culturel, sans lequel aucun marché ne serait possible. 

L’auteur poursuit ainsi : La déréglementation des services et la privatisation de nombreux secteurs dépendant précédemment de l’Etat ont donné lieu à nombre de controverses. En revanche, la tendance à l’absorption de la sphère privée individuelle par la logique du marché est passée relativement inaperçue. Aussi assistons-nous à une forme de marchandisation des expériences privées.

L’identité de l’individu du 21e s repose moins sur le volume de ce qu’il produit et accumule que sur le nombre et l’intensité des expériences auxquelles il a accès. La nouvelle génération vit dans un monde de performance de type théâtrale plutôt que de définitions idéologiques et adoptera une éthique de joueurs plutôt que de producteurs. La conception agressive du domaine réservé du moi, qui caractère l’ère de la propriété, cède la place à une perception de la réalité en termes d’interdépendance et d’implication mutuelle, une conception plus coopérative que concurrentielle et liée à un mode de pensée plus systémique, participatif et consensuel. La liberté personnelle ne sera plus fondée sur leurs droits de propriété et la capacité d’exclure, mais plutôt sur le droit d’être intégré à des réseaux. Les énoncés affirmatifs, si caractéristiques de la personnalité autonome, semblent céder la place à des énoncés interrogatifs qui reflètent une identité plus relationnelle

L’auteur s’interroge, non sans manifester des inquiétudes, sur les conséquences de la société du spectacle et de l’usage des réseaux sociaux financés par la publicité, sur la construction de la personnalité de l’individu, laquelle pourrait s’en trouver fragmentée. L’étude menée par Millénaire 3 est nettement plus nuancée, les frontières entre le réel et l’imaginaire étant poreuse, il importerait cependant de revaloriser les sciences historiques.

Rifkin J., l’âge de l’accès la nouvelle culture du capitalisme, La découverte, 2000.

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