Le temps, la ville et l’urbaniste

3 août 2011

Les systèmes spatiaux industriels – Séminaire DATAR

Publié par alias dans Economie & clusters

Rappelons-nous le temps d’un instant la piètre restitution sur l’évaluation des pôles de compétitivité orchestrée par la feue DIACT le 17 mars 2009. Les chercheurs avaient alors manifesté leur plus vif mécontentement : aucune base de données ne leur semblait exploitable, du fait, soit de leur inexistence, soit de leur incomplétude, rendant la nature de leur travail obsolète pour ne pas dire vide de tout contenu.

Il faut dire que ce jour là, le Secrétaire d’Etat à la Région Capitale s’était arrangé pour lancer le « Grand Pari » des architectes à la Cité de Chaillot si bien que l’agenda de la DIACT rattachée au 1er Ministre en prit ombrage. Les rangs étaient vides, à croire que le développement économique suscite un intérêt somme toute modeste au regard des enjeux urbanistiques, ou bien que le développement de l’Ile de France l’emporte, encore, sur les métropoles d’équilibre/villes moyennes…

Le Grand Pari s’étant essoufflé, le buzz médiatique laisse désormais place à un travail plus en profondeur au bénéfice de l’aménagement du territoire. Ainsi, la DATAR reprit son envol tenant de nouveau les rênes de la prospective territoriale et nous fit part de ses travaux menés dans le cadre de la démarche « Territoires 2040 » le 14 juin 2011.

Le groupe de travail « industrie et territoires » animé par Gilles Le Blanc, professeur à Mines-Paris Tech, retiendra particulièrement mon attention. Après avoir cassé les idées reçues sur une soit disante désindustrialisation de la France, il nous présenta 4 scénarios futurs virtuels portant sur les dynamiques industrielles, lesquels pourront se combiner entre eux :

1 – La reconstruction verte industrielle - en étoile

Ce scénario se fonde sur la différenciation locale, des territoires d’expérimentation, la croissance verte, la variété technologique et la fragmentation spatiale. Sa géographie repose sur de grands ensembles régionaux voire métropolitains, agrégeant des territoires se ressemblant. L’espace est intégrateur et multifonctionnel.

La croissance repose sur l’innovation en réponses aux nouvelles demandes domestiques (chimie, habitat, transport, énergies…)  et aux exportations. La sensibilité à l’environnement et aux générations futures, le vieillissement de la population, l’augmentation du temps de loisirs a encouragé une demande de solutions axées sur la santé, les modes de vie et la culture.

Les starts-ups, grands groupes, Etat, Université et Collectivités en sont les acteurs essentiels, accompagnés de structures militantes (ONG, ESS, association de consommateurs) et organismes de formation professionnelle.

Il nécessite d’accorder de l’importance à la proximité, aux formations et à la R&D.  Le principal obstacle est le financement de la transition vers ce nouveau modèle : valorisation progressive des nouvelles solutions et effort massif d’innovation et de R&D avec les nécessaires duplications et développement de trajectoires parallèles imposées par la fragmentation et différenciation des besoins et des offres.

Il présente le risque de se tromper de choix dans les solutions technologiques ainsi que celui de la fragmentation géographique et sociale en redoublant les conséquences des migrations ainsi que la mobilité (subies ou non) des populations.

2 – le modèle de l’effervescence – en grappe 

Ce scénario se fonde sur une logique de projet, les réseaux, la multi employabilité, les relations de travail, les formes d’organisation productive, le capital humain, l’entrepreneuriat et l’innovation. Sa géographie repose sur une échelle nationale.

La croissance  repose sur le marketing  (design du bien ou des services) et la dématérialisation de l’économie où la majorité de la valeur ajoutée est concentrée dans le contenu informationnel du bien ou du service (conception, marketing, service associé…).

Les réseaux, les entreprises-projet, les investisseurs et l’Etat jouent un rôle crucial. Les grands groupes ont investis dans des filiales afin de trouver la réactivité suffisante. L’échelle du projet est devenue l’objet d’entreprises nouvelles, à courte durée de vie programmée, construites par recombinaison d’actifs matériels, immatériels et humains existants. Ces petites et moyennes entreprises créatives nécessitent une main d’œuvre hautement qualifiée, flexibles, connectés à de nombreux réseaux. Un travailleur peut se trouver lié par plusieurs entreprises ou projets sous des formes différentes.

Afin d’être attractif, ce schéma nécessité d’accorder de l’importance à l’animation locale, au capital humain et financier : recherche, formation initiale et continue, flexisécurité, soutien à la création d’activités, infrastructures (immobiliers, moyens de communication, gestion propriété intellectuelle), mise en réseau avec d’autres territoires à l’échelle internationale, circuits de financement (structures de capital risque ou type business angel, fonds publics).

Le risque est celui d’un morcellement social accru entre générations, niveaux de revenu et qualifications. Les syndicats et organisations patronales ont un rôle déterminant, ainsi que les réseaux d’échanges (open innovation, communautés créatives, réseaux d’experts…) afin de garantir la mobilité-performances des agents individuels.

3 – le modèle des citadelles

Ce scénario se fonde sur la concentration, la polarisation, la spécialisation, les réseaux mondiaux, les grands groupes globaux, la concurrence territoriale et l’attractivité. Sa géographie repose sur un petit nombre de territoires.

Les coûts de production traditionnels (change, fiscalité, coût du travail) continuent de déterminer largement les choix d’implantation des entreprises. Les flux mondiaux de marchandises et de capitaux continuent de s’intensifier. Le volume d’importations pour servir le marché domestique a progressé et repose sur deux grands plateformes portuaires (le Havre et Marseille).

L’Etat a choisi de mettre un terme à une politique industrielle et volontariste. Les grands groupes globaux ont marginalisé le tissu de PME.  Les régions ont développé des stratégies coopératives et concurrentes pour défendre leur degré d’excellence industrielle de premier rang mondial.

Ce scénario accentue les déséquilibres territoriaux en termes financiers, d’opportunités de croissance et d’activités. Il soulève la question de la redistribution de l’offre mondiale de biens et services et des ressources publiques nationales. L’intensification de la concurrence à l’échelle mondiale peut conduire à des situations de conflits potentiels.

4 – le modèle de l’alter industrialisation

Ce scénario se fonde sur la décroissance, la protection, la défiance, la réduction des flux, la société durable, l’innovation sociale, la communauté, le partage. Sa géographie est nationale et fragmentée.

L’échec du capitalisme vert a favorisé l’aspiration des consommateurs pour des pratiques plus raisonnées. Cette tendance s’est accompagnée par une forte baisse des flux mondiaux de matières et notamment les importations vers le territoire national. La nouvelle offre politique met en avant la dimension locale et des mesures de protection commerciale. Le tissu industriel s’est stabilisé sans produire de gains de productions ou d’innovations avec de faibles investissements. En parallèle, les structures associatives et d’ESS ont connu un essor considérable. Certains échanges marchands ont été démonétisés.

Ce scénario risque d’accentuer des divergences entre les territoires, génératrices de conflits entre eux mais aussi avec le territoire national, et de provoquer des replis territoriaux.

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