Le temps, la ville et l’urbaniste

14 juillet 2011

Des pôles métropolitains en perspective – IEP

Publié par alias dans Pôles métropolitains

Selon Philippe Estèbe, enseignant de Science po Paris, le morcellement communal en France est avant tout rural, sachant que 80% de la population est désormais urbaine.

Cette exception française, laquelle tient du pacte Républicain, est aujourd’hui fortement contestée par la droite, laquelle estime qu’il serait de bon ton de diminuer le nombre de communes en France au nom de l’efficacité budgétaire et de la compétitivité économique, parfois au profit des fameuses « métropoles », tandis que d’autres avancent un modèle de coopération territoriale plus souple, plus réticulaire, plus écologique, mais aussi plus silencieuse pour les concitoyens.

L’obsession de la taille et de la verticalité 

La droite sénatoriale se trouve donc paradoxalement enclin à vouloir préserver les territoires ruraux et les départements, ses bastions électoraux, tout en tenant le discours contraire visant à discréditer leur raison d’être.

En attendant, l’exode rural a surtout bénéficié aux villes moyennes, lesquelles constituent l’armature de notre territoire. La tension ne serait donc pas à chercher entre territoires ruraux/agglomérations, mais territoires ruraux/villes moyennes, si tant est que l’emploi du mot « ruralité » dans un monde où les territoires sont devenus poreux soit encore pertinent.

La quête de la « taille idéale » reste encore à mon avis trop souvent l’obsession de certains édiles locaux, alors que la question devrait être davantage celle de la dynamique, des interconnexions et des compétences partagées.

L’innovation : le féminisme et l’horizontalité 

Parmi les modèles innovants ou les nouveaux objets mis à disposition, les pôles métropolitains. Ces derniers résultent d’un bricolage politique,  les habitants ne tenant plus dans les périmètres institutionnels classiques.

L’institution territoriale, laquelle s’est constituée suivant un modèle vertical étatiste sans grande originalité au point d’interroger la pertinence du concept d’innovation décentralisatrice, se met en quête d’une meilleure horizontalité, se rendant bien compte que le jardin à la française ne fonctionnait bien que tant qu’elle gouvernait des sédentaires.

Or, l’entrée massive des femmes sur le marché du travail renforça l’attractivité des métropoles assurantielles ainsi que le développement de communes multipolarisées, lesquelles permettent de maximiser les bassins d’emploi des couples.

Désormais, les collectivités auront à davantage s’intéresser à leur population présente que résidente. Or, les  résidents n’étant pas forcément producteurs et consommateurs, cela questionne l’inadéquation de l’action du politique avec sa base électorale. Les territoires auront à développer leur fonction hôtelière, celle d’accueil temporaire des non sédentaires.

Dans ces conditions, comment développer son attractivité tout en satisfaisant les résidents, à moins d’encourager la mobilité des résidents en comptant sur leur loyauté, avec pour toile de fond un consumérisme à la fois sociétal (1968) et territorial (1982). Cela passe notamment par une offre touristique et culturelle adaptée aux résidents (ex : les grandlyonnais constituent le public principal des biennales portées par la RUL, malgré le rayonnement international/marketing affiché…).

Philippe Estèbe estime que les institutions ne sont plus propriétaires de leur population. Mais redoutant que les flux ne leur échappent, les élus cherchent à les quantifier, les gérer, les canaliser, sauf qu’ils n’en sont pas encore à étudier leur génération, leur origine, leur cause…Ils financent trop souvent des infrastructures, vieux réflexes fonctionnalistes de centre droite, avant d’interroger les mobilités.

Les interrelations et la cohésion sociale 

En tant de crise, les territoires périurbains sont moins affectés, mais ils restent sous tension avec les métropoles, lesquelles perçoivent la contribution économique territoriale.  Les espaces périurbains consomment ce que les métropoles produisent. Les espaces périurbains cherchent se repeupler, mais ne perçoivent pas la fiscalité suffisante pour fournir les services attendus par une population de plus en plus exigente. D’où des crispations.

Philippe Estèbe constate que l’étalement est lié en partie au comportement des ménages, à l’appétit des communes périurbaines à vouloir augmenter leur population résidentielle, mais aussi au comportement malthusien des grandes agglomérations à vouloir concentrer les emplois. Les grandes villes se sentent à l’étroit et les villes moyennes s’en trouvent déstabilisées, ce qui nécessiterait une négociation à l’échelle interterritoriale entre agglomérations.

Les espaces périurbains, en consommant, se disent solidaires des métropoles et il leur semblerait équitable de percevoir en retour davantage de fiscalité. Seulement, les métropoles en transition ont également de fortes charge de centralité à assumer, et leur modèle de développement me parait plus soutenable, à condition qu’elles aient une politique active du logement social et de  l’habitat afin de préserver un certain équilibre fonctionnel.

Des pôles de gouvernance assurantiels 

Le scénario de l’inacceptable de la DATAR de 1970 est devenu aujourd’hui le scénario le plus attendu au nom de la compétitivité. L’objectif consister à sauvegarder les organes/villes estimés les plus vitaux/assurantielles.

La forme urbaine choisie sera donc celle du pôle métropolitain voire de la métropole plus ou moins intégrée entre villes moyennes et grandes villes : du pôle de gouvernance/réseau des villes horizontal au pôle de gouvernement/métropole vertical.

Autonomie/péréquation 

Cela soulève la question de la péréquation entre collectivités. On constate une nationalisation progressive des finances locales, provoquant l’ire des élus locaux, lesquels revendiquent une autonomie fiscale (nullement inscrite dans la constitution).

Ce qui pourrait donner l’impression à certains que l’autonomie/liberté fiscale se joue contre une certaine péréquation/solidarité nationale. Sauf que la péréquation verticale repose sur une assiette locale, si bien qu’elle est de fait horizontale.

Les collectivités sont donc tiraillées entre leur volonté d’autonomie et la nécessité de s’entraider. Tout est une question de curseur : être libre tout en jouant collectif, être différente tout en étant complémentaire, être attractive tout en étant relativement stable.

Les revendications identitaires ne sont pas tellement loin et les collectivités potentiellement chef de file en prendront pour leur grade : les Régions seront mise au placard et les Départements chargés comme des baudet seront transformés en quasi agences.

Reste les communes et leur groupement, ainsi que les grandes villes, avec lesquelles l’Etat fera objectivement alliance (PRES, Plan campus, pôles de compétitivité).

Attendons de voir si les contrats métropolitains et leur financement suivront. Demandons-nous également quelle sera la solidarité de ces pôles avec leurs espaces interstitiels ? Le futur pôle G4 ne sera pas l’association RUL, dont l’assise est plus collégiale et plus démocratique.

Bassin de vie/scrutin ? 

Le polycentrisme à l’allemande – soit les pôles de gouvernance et non de gouvernement – semble faire des adeptes en France. L’échelle pertinente pourrait être celles des bassins de vie (interSCOT) à condition que les collectivités adhérent à cette nouvelle horizontalité.

Reste à interroger la légitimité démocratique de ces nouveaux objets institutionnels qui ne sont que des syndicats mixtes fermés d’intercommunalités à fiscalité propre : un club de troisième niveau réservé aux VP de second niveau, sans base électorale directe.

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