Le temps, la ville et l’urbaniste

7 juillet 2011

Des pôles métropolitains d’essence jacobine ou girondine ? AMF

Publié par alias dans Pôles métropolitains

La journée de lancement du réseau des pôles métropolitains organisée ce 5 juillet 2011 à l’AMF sema le trouble dans les esprits.

La DATAR rappela l’origine de l’appel à candidature issu du CIADT du 18 décembre 2003, indiquant la volonté étatique de renforcer les territoires dans la compétition mondiale. La dynamique des pôles métropolitaine serait donc d’initiative gouvernementale, tandis que les élus locaux se réclament d’une impulsion d’essence girondine, preuve en est : la loi RCT ne prévoyait initialement pas l’existence de pôles métropolitains.

De là à en déduire que les gouvernements successifs oublient un peu trop facilement le travail prospectif mené par la DATAR et que la DGCL ferme les yeux sur ses travaux….Rappelons juste qu’il en fut de même lorsque le Ministère de la culture lança le Grand Pari des Architectes à la Cité de l’architecture alors que la DIACT organisait ce jour même une restitution de ses travaux sur les pôles de compétitivité. Bilan, ce fut un échec non retentissant pour la DIACT : pas assez clinquant peut-être ? A moins que cela ne confirme l’attrait des hommes politiques pour l’urbanisme…au détriment de l’économie.

Mais il fallut attendre l’intervention du représentant de la coordination des conseils de développement pour apprendre que les pôles n’avaient pas attendu la DATAR pour voir le jour et que la Région urbaine de Lyon avait connu ses premières heures de gloire sous une autorité préfectorale. Voilà de quoi discréditer l’affirmation girondine portée par les élus, dont le Président de Grand Lyon. En effet, dès le début des années 70, le gouvernement décida de créer des régions urbaines : Grenoble, Saint-Etienne, Lyon. A l’instigation du Préfet de Région, seule celle de Lyon fut créée en 1978, englobant plus tard Saint-Etienne.

De fait, si l’on se réfère aux travaux menés par le groupe Territoires 2040 de la DATAR, lesquels ne furent pas évoqués bien que susceptibles d’éclairer la situation, les années 60 furent caractérisées par l’émergence de projets visant à constituer des Gargantuas métropolitains, des sortes de métropoles avant l’heure [sur lesquelles la Droite semble encore fort friande, tout en exigeant le renforcement des unités de base - les municipalités infra métropolitaines - n’étant pas à une contradiction près…]

Mais laissons la droite en arrière, pour évoquer les années 80, lesquelles furent plutôt favorables aux solutions du public choice, très concurrentielle. L’initiative préfectorale de créer des régions urbaines sur Grenoble et sur Lyon-Saint Etienne s’inscrit-elle dans cette démarche, car les deux collectivités semblent toujours plus ou moins se bouder ou tout du moins regardent-elles ailleurs ? A moins que cela ne soit que l’expression d’une approche « pragmatique » de la « coopétitition » à la sauce socialiste. Dure fraternité….                  

L’heure serait aujourd’hui à une solution intermédiaire, je n’ose dire écolo-centriste, baptisée néorégionaliste par les anglo-saxons, laquelle consiste à mettre en place des formes souples de coopération fonctionnant au consensus. Tout cela ne poserait pas de problème si, au final, comme l’énonce Territoires 2040, la première victime des arrangements néorégionalistes n’était pas la démocratie. Les périmètres des pôles sont toutefois censés se caler sur les bassins de vie, ce qui permettrait d’associer également au processus de concertation les citoyens mobiles et de sortir de cette « démocratie du sommeil ».                                                                         

Seulement, force est de constater qu’à l’échelle de la Région urbaine de Lyon, les 4 EPCI à fiscalité propre auront à créer une autorité métropolitaine de mobilité durable (AMMD) en dehors du pôle métropolitain, ceci afin d’associer la Région et sans doute les Départements annonça le Président du Grand Lyon ; la démarche interScot continuera d’être animée par UrbaLyon en dehors du pôle métropolitain duquel le périmètre ne semble pas pertinent (Villefranche ne souhaitant pas intégrer le G4 et le Président de St Etienne Métropole ne dira mot sur le volet aménagement) ; le Réseau des villes et des grandes agglomérations de Rhône-Alpes continuera à travailler sur l’observatoire des pôles de compétitivité et la coordination des PRES pour ce qui est du champ économique (tant bien que mal avec Grenoble) ; quant à la plus-value touristique, elle semble relever de l’Aderly et de l’OIN Aéroport Lyon-Saint Exupéry….

Chacun s’interrogera alors sur la véritable force  ajoutée de ce qui ne serait qu’après tout, un simple syndicat mixte fermé ? Et si cela avait autant d’importance, pourquoi ne pas l’avoir tout simplement fait avant ?

Si la CU de Nantes Métropole a décidé d’engager au sein du futur pôle une réflexion sur sa politique foncière, sur les aménagements commerciaux, et si les CCI du territoire métropolitain ont commencé à se réunir entre elles, la Rochelle pense que la formalisation institutionnelle risque de refermer le processus de coopération déjà engagé.

Mis à part un hypothétique mais improbable « contrat métropolitain », appelé à se substituer au précédent « contrat d’agglomération » sur lequel l’Etat s’était dernièrement désengagé financièrement,  il  resterait surtout l’effet « buzz médiatico-politique », la symbolique.

Faut-il y lire une revendication d’indépendance des Intercommunalités à l’égard des Conseils Régionaux, voire des Conseils Généraux ? Pourra-t-on envisager une péréquation fiscale au sein des pôles ? Si l’effet « labellisation » est recherché, fallait-il dans ces conditions clamer, tel que l’a fait le Président de la CU Dunkerque Grand Littoral au Ministre en charge des collectivités locales, haro contre toutes circulaires ou tentative d’immiscions préfectorale ?

Quant aux autres pôles métropolitains, certains (12 en tout) ont vocation à fonctionner en réseau, tel que le Sillon Alpin ou le chewing-gum breton, quand d’autres (9 en tout) fonctionnent autour d’une agglomération plus importante sur une logique d’aire urbaine tel que La Métro-pays du voironnais (à défaut de CA élargie) ou le Grand Toulouse. Certains semblent mal emmanchés lorsqu’il s’agit avant tout de constituer un pôle défensif face à une agglomération qui paraîtrait un peu trop gourmande pour ne pas dire gargantuesque, mettent ainsi en garde les Présidents de l’ADCF et de l’AMF. C’est alors que Marseille décida de s’imposer en revendiquant une métropole non consensuelle, face à un pôle métropolitain qu’elle considère comme défensif.

Le Sillon Lorrain, manifestement agacé de n’avoir eu la parole plus en amont, et surtout après la société civile, apparaît comme étant le pôle le plus avancé. Celui-ci a mis en place deux conférences métropolitaines par an et travaille à la fusion de ses 4 universités, la fusion de sa communauté hospitalière et celle de ses écoles d’art. Si leur statut ont été voté (3 sièges pour chaque agglo et 1 siège sup. pour 100 000 habitants, soit 20 sièges en tout) avec un règlement prévoyant une présidence annuelle tournante, ils garderont l’association pour continuer à associer les acteurs du territoire.

Les chantiers du futur portail commun du réseau (poles-metropolitains.fr) porteront sur la mise en œuvre opérationnelle, les transports avec l’appui du GART, la gouvernance, l’aménagement avec l’appui de la FNAU, l’économie de la connaissance avec l’appui de la DGCL. Selon le Président de la FNAU, le défi du réseau des pôles consiste à recréer une intelligence nationale dans une administration à présent décentralisée.

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