La gouvernance des pôles franciliens
En Ile-de-France et à Paris, où se concentrent de nombreux pôles, les cadres de haut niveau et les rivalités institutionnelles, chacun se questionne sur le Grand Paris/Paris Métropole et sur les moyens de son rééquilibrage à l’Est. Cette interrogation n’est pas nouvelle.
Déjà en 1921, le Préfet de la Seine avait ouvert un bureau d’étude de l’extension de Paris sur les 80 communes. En 1936, André Morizet, président (SFIO) du Comité supérieur d’aménagement et d’organisation de la région parisienne, préconisait une réforme administrative du Grand Paris qui serait constituée des communes de la Seine et des vingt arrondissements, lesquels disposeraient des prérogatives de droit commun.
Puis il y eu le projet de « Banlieues 89 », initié par Michel Cantal-Dupart et Roland Castro, conseiller de François Mitterrand. Il visait à créer une institution fédérale de 80 communes avec des arrondissements au pouvoir renforcé afin que Paris ne soit pas hégémonique. Ce mouvement de l’utopie concrète proposait de déplacer les grandes institutions de la République sur les quatorze forts en friche urbaine et d’obtenir ainsi une sorte de centralité périphérique autour de Paris, aux environs de l’A86. Des trams auraient rejoints les théâtres et maisons de la culture de près de 40 villes de banlieues.
Les rocades étaient déjà très présentes à l’esprit. Son projet consistait notamment à faire de Paris Amont un Manhattan sur Seine, nanti d’un village et bâti sur une île artificiellement créée entre les voies ferrées des gares de Lyon et d’Austerlitz, grâce à la couverture d’un bras confluent à la Seine. Ce nouveau site devait s’affirmer comme le pendant de la Défense à l’Est.
A cette époque, à la fin des années 80, ce courant de pensée s’affrontait aux architectes de « 75021 », menés par Yves Lion et Christian de Portzamparc, auteurs de l’« appel pour une métropole nommée Paris ». L’objectif d’Yves Lion était de recourir à des villes nouvelles pour renforcer la compétitivité internationale de l’aire métropolitaine.
Trouver un équilibre multipolaire…telle était déjà la question En réfléchissant à cette quête de rayonnement international, je me demande si Paris Mid Town Manhattan s’allierait-elle à un Neuilly Financial District NewYorkais ? Paris est une plaque tournante de la finance internationale, enfin pour ce qu’il en reste, et il faudra bien pouvoir financer la métapole francilienne de l’économie de la connaissance et de l’information d’une façon équitable.
Faut-il pour gouverner ces pôles de la « nouvelle couronne d’abondance » au sein de notre « nouvelle communauté de destin », recréer l’ancien département de la Seine sous la forme d’une structure intercommunale ? Paris sera-t-elle morcelée pour rendre cette future institution élue au suffrage universel direct acceptable par ses voisins. Europe Ecologie n’est pas isolée dans sa volonté d’accorder le plein exercice aux arrondissements. Philippe Dallier, Sénateur en charge du rapport sur le Grand Paris, proposa la suppression des départements de Paris et de la petite Couronne et la création d’un Grand Paris avec des conseillers élus au scrutin d’arrondissement direct.
A l’heure où l’on se dit qu’il y a beaucoup trop d’échelons territoriaux en France, j’ai l’intuition que ce projet de morcellement parisien au profit d’une nouvelle communauté urbaine passera difficilement, par contre, l’élargissement sera porté à l’étude. La commission Balladur proposera ainsi la création d’une collectivité locale à statut particulier, englobant Paris et les 3 départements de la petite commune, et prévoyant la suppression des grandes intercommunalités inclues actuellement dans le périmètre. Pierre Mauroy et André Vallini ne prendront pas part au vote.
Or, plus un territoire est grand, plus la redistribution des richesses peut être importante. Toutefois, l’institution ne fait pas le projet politique, si bien que s’accorder sur les projets reste un préalable. La taille de Paris ne l’a pas empêché de mener de nombreux partenariats sur des territoires de projets entre Paris et les collectivités limitrophes, grâce à l’important et précieux travail entrepris par Pierre Mansat : charte de coopération, accords collectifs, conférence interdépartementales et métropolitaine…Pour le conforter, Annie Fourcaut a relaté le fait que les relations entre Paris et les banlieues n’ont pas toujours été conflictuelles et chargées d’impérialisme fonctionnel.
Une fois la nouvelle collectivité créée, qu’est-ce qui l’empêchera de devenir une intercommunalité cosmétique, fantôme ou sélective ? Nous avons, en France, quasiment atteint le « plateau des intercommunalité » pour le pire et le meilleur. Philippe Dallier est le premier à le reconnaître : certaines EPCI s’avèrent plus solidaires (Seine Saint Denis) quand d’autres agrégent les égoïsmes (Sèvres Boulogne-Billancourt). La métropole peut vite devenir le lieu de l’hyper choix mais aussi de l’hyper sélection dans un univers contraint par le marché immobilier.
L’EPCI n’aura donc pas besoin d’avoir un profil « suiveur » ou « intégrateur » puisqu’il existe déjà la conférence métropolitaine. D’autant qu’il suffit de se reporter à Daniel Béhar pour comprendre que l’intercommautaire, espace informel de dialogue, anticipe les fusions d’intercommunalités, et leur survivent ! Si futur EPCI il y aura, celui-ci devra avoir le profil de « contributeur », et sachant que la fiscalité ne remplace pas la péréquation, il ne faudra donc pas niveler ex ante.







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