Le temps, la ville et l’urbaniste

17 janvier 2011

Région urbaine de Lyon : un futur pôle métropolitain ?

Publié par alias dans Pôles métropolitains

Sciences po Lyon organisa un débat sur la « Réforme territoriale et développement soutenable des territoires : l’enjeu de la métropole lyonnaise » ce lundi 13 décembre 2010.

Longtemps en charge de l’aménagement du territoire et de l’action économique à la Préfecture de Région, c’est à lui que l’on doit la Directive territoriale d’aménagement adoptée en 2007. Bernard Constantin interrogea la construction soutenable d’une eurométropole capable de s’affirmer dans la compétition européenne en exposant trois critères : celui de la taille critique (Grand Lyon, Directive territoriale d’aménagement, Région urbaine de Lyon), celui de la solidarité (entre les pôles et les espaces intermédiaires), celui de la gouvernance (plus ou moins intégratrice). Aujourd’hui, il y a trois métropoles en Rhône-Alpes : la RUL, le sillon alpin autour de Grenoble-Chambéry et l’espace franco-genevois. Le pôle métropolitain, syndicat mixte fermé [tant défendu par Gérard Collomb], serait peu adapté au cas lyonnais car il pose la question de l’intégration de la Région et des Départements. Dans le domaine des transports, par exemple, la Région ne peut intégrer la RUL, si bien qu’il faudra certainement créer une autorité métropolitaine de mobilité durable autre. Ceci ne simplifie nullement le mille-feuille [si tant est qu’il faille le simplifier…].

Le directeur de la rédaction de la revue Prospectives Rhône-Alpes Méditerranée pense que les processus de métropolitisation se font d’eux-mêmes sur le plan économique et démographique, et qu’il revient aux politiques de les prendre en compte. L’échelle pertinente serait celle du SCOT du Grand Lyon mais cela ne correspond pas à l’échelon métropolitain qui serait celui de la RUL. Il estime que le pôle métropolitain, réseau de villes, est un modèle de développement moins soutenable que celui de la métropole, laquelle intègre les poumons verts dans son périmètre. Il rappelle la position de Michel Destot sur la taille critique, laquelle ne reposerait pas tant sur le nombre d’habitants mais sur des fonctions métropolitaines. Quant à la proposition de Jean-Luc Warsmann et de Michel Mercier qui consistait à fusionner le Grand Lyon et le Rhône, cela n’intéressera sans doute pas le Grand Lyon car il risquerait alors de se heurter aux rejets des communautés de communes limitrophes. Pour le moment, seule Nice serait susceptible de se transformer en métropole. Quant aux pôles métropolitains, défendus par Brice Hortefeux et Alain Marleix, avec pour modèle le sillon lorrain, cela pourrait bien ressembler au G4 de la RUL : une affaire de sémantique. Or, les Régions ne peuvent y entrer et le G4 ne prend pas en compte les territoires interstitiels.

L’intervention de Claude Jacquier, directeur de recherche au CNRS, fut la plus intéressante. Il questionna la raison d’être, l’objet de la métropole avant d’affirmer sa nécessité. Selon lui, les villes et la RUL seront en première ligne pour mettre en œuvre la transition écologique. Le débat ville/campagne n’a plus lieu d’être, depuis que les territoires ruraux sont connectés au très haut débit, nous n’avons plus que des territoires rurbains. Il constate que les initiatives sont prises au plus près du terrain et qualifie la loi sur la réforme territoriale de « possibiliste » en cela qu’elle ouvre davantage le droit à l’expérimentation. La question qui se pose à nous est comment souhaite-t-on l’habiter. Samedi dernier, le Grand Lyon organisa un forum où il était question de concevoir la future politique de la ville. S’il existe une école lyonnaise de la politique de la ville, pourquoi ne pas lancer une école lyonnaise de la politique soutenable ?

Pour représenter le Sénat, ce fut François-Noel Buffet qui se déplaça. Il se rappela à la mémoire de De Gaulle qui créa la communauté urbaine en 70 et considère que la métropole s’étend sur un périmètre de 50 km à partir de la place Bellecour. Son analyse est démographique et économique. Selon lui, il est indispensable de coordonner le pôle lyonnais avec les pôles économiques de Grenoble, de Roanne et de Marseille. Le pôle métropolitain est un concept intellectuellement intéressant mais cela ne fait que créer un échelon supplémentaire, encore plus éloigné des concitoyens. Il prône une gouvernance plus intégratrice, métropolitaine. Le territoire pertinent serait celui de la Dta.

Pour représenter le Grand Lyon, ce fut Jacky Darne. Celui-ci partit des besoins des habitants (emplois, logements, égalité d’accès aux services publics) et des entreprises (ressources humaines, universités, cadre de vie, fonctions urbaines) pour constater la justesse du territoire lyonnais et la nécessité de se doter d’un périmètre suffisamment large et diversifié. La bonne échelle serait donc celle de l’interscot. La Rul a anticipé le futur pôle métropolitain d’une façon plutôt informelle, sous une forme associative, et a défini des orientations stratégiques après avoir recueilli l’avis des quatre conseils de développement.

Le Président de la Communauté d’agglomération Porte d’Isère, Alain Cottalorda, eut l’expression politique certainement la plus intéressante. Il constate qu’il existe autant de périmètres pertinents que de questions posées. Il milite en faveur de l’expérimentation girondine tout en décriant la toise jacobine [ce qui est inexacte puisque la loi donne place à l’expérimentation]. Se rappelant aux anciens flux commerciaux de l’époque moderne, il constate que les élus ont du retard et que Lyon est depuis tout temps une eurométropole. La première zone logistique de France est sur le territoire de la Capi, ce qui appelle un développement du fret ferroviaire à l’échelle du G4.  Lyon détient aussi Edouard Herriot, le 1er port continental de France et son niveau de saturation nécessite de développer Solaize.

Le Vice-Président de Saint Etienne Métropole soutient quant à lui la carte de transports combinés Oura ! et pense que les concitoyens se moquent bien de savoir qui fait quoi pourvu que cela fonctionne [c’est sûr, c’est plutôt les élus et les fonctionnaires qui éprouvent le besoin de le savoir pour mener leurs politiques publiques…]. Il salue les missions de prospective et d’expérimentation menées par la Rul et pense qu’il s’agit à présent d’anticiper au mieux les besoins futurs des concitoyens.

Quant au Conseil Régional, fait voulu ou non par l’organisateur ou les intervenants ou par l’institution (?), il fut représenté par un simple conseiller d’arrondissement UMP, alors que la majorité régionale est tenue par le PS et Europe Ecologie. Ceci est d’autant plus regrettable que la Région a adopté une grille d’évaluation « développement durable », laquelle aurait pu être communiquée aux acteurs présents. Autant dire que les participants n’accordèrent pas à la Région Rhône-Alpes l’importance qu’elle a.

Jacky Darne rappela toutefois que la RUL est co-présidée par la Région, bien que ces deux institutions manquent de moyens. Le Directeur de la rédaction de Prospective Rhône-Alpes Méditerranée appela également à un dialogue renforcé entre le futur pôle métropolitain et Conseil Régional. Alain Cottalorda explique que le débat au sein de la Région urbaine de Lyon s’est cristallisé avec le Président de la Région autour du futur pôle. Celui-ci demande à intégrer le pôle métropolitain qui sera créé en 2011 mais la loi ne le permet pas. Les pôles seront créés à partir d’intercommunalités.

D’où la nécessité de créer un partenariat renforcé entre le futur pôle et la Région à 50/50 sur les transports par exemple. Le mille-feuille existe de toute façon, vouloir le supprimer n’intéresse que les universitaires. Il demande un meilleure raccordement TC entre Saint Etienne et l’aéroport de Saint Exupéry afin d’éviter les transports par route et permettre la fermeture de petits aéroports. La Rul a demandé aux services de la Région de créer une AOT type SRU, soit une AOT d’AOT. Le Sytral, Syndicat mixte, n’a plus beaucoup d’avenir devant lui.

De même, il serait nécessaire de mieux coordonner, si ce n’est de simplifier, les organismes à l’international (OnlyLyon, Erai, Aderly, Agences de développement par département) et éviter qu’elles ne se fassent concurrence. 

L’UMP rappelle que toutes les communes ne sont pas associées au G4 de la RUL et que cela pose un problème démocratique. Le futur pôle devra donc bénéficier de compétences exclusives sans exclure les petits territoires interstitiels, dans une logique de soutenabilité.

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