Le temps, la ville et l’urbaniste

18 janvier 2010

La petite histoire de l’institut physique du Globe

Publié par alias dans Aménagement & urba

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Créé dans les années 20, l’Institut rattaché à l’Université Paris VI Pierre et Marie Curie, s’installa sur le campus de Jussieu à la fin des années 60 avant d’être déplacé vers la fin des années 90 sur l’îlot Cuvier.

Or en 1999, Claude Allègre décida de procéder à un nouveau transfert de son personnel, soit 200 enseignants-chercheurs, de l’îlot Cuvier vers des locaux sur Jussieu, toujours amiantés, afin d’embellir son Institut, pourtant régulièrement rénové.

Cette décision eut pour effet de retarder les travaux de désamiantage de Jussieu, tout en exposant de surcroît les enseignants. Le projet fut validé et  rendu public le 23 juillet 2004 par Maurice Quénet, Recteur de l’Académie de Paris.

Me voici partie à la rencontre de l’Association des résidents de l’îlot Cuvier (ARIC, 80 adhérents).

Au-delà d’un problème grave de santé publique, c’est bien d’un déficit de débat public dont il s’agit : en effet, au scandale de l’amiante se cumule un manque total de transparence sur le traitement des déchets radioactifs. L’Association voulut rencontrer l’architecte Yves Lion, lequel s’était montré ouvert au dialogue, mais c’était sans compter sur le véto mis par l’Etablissement Public du Campus de Jussieu. Des réunions furent organisées avec l’EPCJ, mais celui-ci esquiva les questions des habitants. Dépités, les riverains eurent le sentiment de vivre le combat du pot de terre contre le pot de fer ; la raison d’Etat passant outre toute considération.

Le terrain est situé en partie au dessus d’anciennes carrières de calcaire grossier exploitées en souterrain et présumées partiellement remblayées (recouvrement de 6,40 mètres ; hauteur de la première carrière de 3,20 mètres). Des travaux de consolidation par piliers maçonnés en partie avaient été réalisés antérieurement. L’architecte des services des carrières émit un avis favorable le 15 février 2005, assorti de recommandations concernant des travaux de confortation du sous-sol sous la partie sous minée de la propriété, en excluant ses abords, ce que déplorent les riverains. En effet, les risques de désordres occasionnés lors de l’enfoncement de ces énormes pieux de béton armé, inquiètent fortement les riverains, de part la présence de fontis et du passage de la Bièvre à proximité, rue Linné. De plus, les riverains restent persuadés que les murs abattus étaient des murs mitoyens, lesquels auraient été derniers fragilisés par les travaux. Au 14 de la rue Cuvier, une cave se serait effondrée. Les habitans demandèrent des contrôles réguliers par forage aux abords du chantier.

La confiance entre les parties fut mise à mal. Il semblerait d’après les riverains que l’EPCJ ait commencé les travaux de démolition avant que l’expert devant s’assurer du bon déroulement des opérations n’ait été mandaté par ordonnancement du tribunal administratif. Cela semble bien paradoxal lorsque l’on sait que les activités de l’Institut Physique du Globe, ancienne Faculté des Sciences, consistent à observer et mesurer les dérives des continents par tous les moyens de la physique, de la chimie et de la géologie. Outre sa mission de recherche, l’IPGP surveille à partir du 5e arrondissement, la sismicité des territoires. L’ARIC a également adressé sa pétition à la commission d’enquête publique du Plan Local d’Urbanisme, laquelle a saisi les services de la Direction de l’Urbanisme de la Ville de Paris. Les services répondirent que ce projet universitaire relevait de la compétence de l’Etat. La Commission d’enquête publique du PLU a cependant rendu l’avis suivant : « La réponse de la Ville ne satisfait pas la commission. La compétence dont il est question est celle de la planification urbaine qui est bien exercée par elle. S’il se confirme que l’îlot est «sensible», il convient de  prendre les dispositions qui s’imposent. » En attendant, les riverains sont restés sans nouvelles.

Sur le plan patrimonial, le Service départemental d’architecture et du patrimoine (SDAP) a émis un avis favorable les 22 février et 23 juin 2005 à la demande de permis déposée, en rappelant que le projet se trouve dans le champ de visibilité d’un monument historique et dans le site inscrit de Paris. Tandis que l’IPGP se situe à quelques mètres des Arènes de Lutèce, en plein cœur du Quartier Latin, aucune recommandation n’a cependant été émise par Bruno Foucray, Conservateur régional de l’archéologie, lequel s’est contenté d’accusé réception du permis. Ainsi « considérant que le conservateur régional de l’archéologie d’Ile-de-France a accusé réception du dossier en date du 11 février 2005 ; qu’il n’a édicté aucune prescription à ce jour ; et qu’en conséquence le projet ne donne pas lieu à prescription archéologique, en application de l’article 18 du décret n° 2004-490 du 3 juin 2004. » Le service instructeur de la Préfecture de Paris a toutefois rappelé au bénéficiaire du permis, l’article L531-14 du code du patrimoine donnant obligation de déclarer immédiatement au Maire de la Commune, les éventuelles découvertes de vestiges archéologiques. Celles-ci  pourraient bien ralentir le chantier et le désamiantage de Jussieu, faute d’un phasage adéquat.

Le sous-sol masque en fait une toute autre réalité. Le 8 novembre 2005, le Préfet de Paris avait saisi Directeur de l’EPCJ, afin qu’il procède à la recherche de matériaux contenant de l’amiante. Mais ce fut l’ARIC qui alerta les pouvoirs publics par courrier du 12 juin 2005, des possibles risques de contamination radioactive du terrain, lequel accueillait le laboratoire de Marie Curie. Le Préfet de Paris saisit en conséquence la Direction régional de l’Industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE). Une réunion sur site fut organisée le 8 septembre 2005 entre l’Etablissement public du campus de Jussieu et la Direction de sûreté nucléaire et de radioprotection (DSNR-DRIRE). La DSNR émis un avis favorable le 15 septembre 2005 en précisant toutefois que « seul le pavillon Curie est concerné par une contamination résiduelle au radium 226 et ses descendants, dus aux travaux de Marie Curie entre 1903 et 1914. Dans ce bâtiment, les 6 pièces présentent des traces de contamination surfacique, mais pas de contamination d’ambiance. Quelques traces de contamination ont également été relevées dans une canalisation du sous-sol et sur des pavés extérieurs. ».

En conséquence, les services de l’Etat recommandèrent à l’EPCJ de s’adresser à la DGSNR afin d’assainir les locaux destinés à recevoir du personnel ainsi qu’auprès de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) afin de faire procéder à la dépose par une société spécialisée de la canalisation des eaux usées contaminées et situées en sous sol; et à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) afin de faire effectuer des mesures de frottis des émetteurs de rayonnement alpha en différentes parties des salles avant travaux et définir les mesures d’intervention en radioprotection des intervenants lors du chantier de démolition des sols et des plinthes des murs. L’évacuation des déchets devant s’effectuer suivants des filières dûment autorisées. L’EPCJ doit procéder à l’enlèvement des pavés représentants une activité radiologique résiduelle et situés à l’extérieur du bâtiment procéder au contrôle après travaux des concentrations de radon pour les pièces qui seront ouvertes au public (cf arrêté du 22 juillet 2004)  et instaurer des servitudes sur le Pavillon Curie afin de conserver trace de l’histoire radiologique du site.

Le Pavillon Curie, actuellement préservé sur le site telle une verrue urbaine, est destiné à accueillir la salle du Conseil de l’Institut Physique du Globe. Un ancien Adjoint de Jean Tiberi suggérait à ce propos lors du Conseil de Quartier St Victor du 1er avril 2004 d’en faire « un petit Musée public, un pôle d’attraction supplémentaire du quartier ». Ainsi, l’UMP vous offre-t-elle allègrement un petit coup de radioactivité !

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