Le monde des villes et le monde des champs
L’Ile-de-France, première région de culture (53% du territoire francilien, 1191 exploitations), compte pas moins de 11 millions de bouches à nourrir et 40 millions de visiteurs annuels. L’agriculture francilienne, fortement mécanisée, de grande superficie et à dominante céréalière, est l’une des plus productives d’Europe ; même si elle tend peu à peu à utiliser moins d’intrants chimiques et de labours. Entre campagne traditionnelle et espaces productifs intensifs, les productions de proximité de la ceinture maraîchère, très ancrées dans le triangle vert de Marcoussis, sont en forte diminution. La situation est d’autant plus paradoxale que le marché francilien est important.
Cela s’explique en partie par le fait que paysans subissent une forte pression foncière, laquelle s’avère d’autant plus forte lorsqu’une zone est déclarée urbanisable. Des moyens de régulation peuvent toutefois être mis en œuvre : Le schéma directeur de la région d’Ile de France (SDRIF) prévoit en effet la protection des zones agricoles et des forêts. Avancée notoire, les espaces ouverts à l’urbanisation sont ainsi moins nombreux dans le nouveau Schéma directeur que ceux prévus initialement dans le schéma de 1994. Alors que SAFER préempte et réattribue les terres de préférence à des agriculteurs de grande culture, la Région dispose d’autres leviers opérationnels telle que l’Agence des Espaces Verts régionale.
Pour exemple, un agriculteur, dont les terres venaient d’être mises en vente sur le Plateau de Saclay (240 hectares en location dont 180 hectares mise en vente), a vu la SAFER racheter les terres qu’il cultivait en location ; fort heureusement, ces dernières furent finalement préemptées et protégées par l’Agence des Espaces Verts et un particulier. Il restait cependant 20 hectares à acquérir pour la somme de 144 000 euros. L’agriculteur s’est appuyé sur « l’Association pour le maintien de l’agriculture paysanne (AMAP) des Jardins de Cérès » qu’il avait créée en 2003 afin de lancer, avec l’appui de « la foncière Terres de Lien », « la SCI Terres fertiles », actuelle propriétaire des terres. Ainsi, l’action de « l’AMAP des Jardins de Cérès » soutenue par ses 1100 sociétaires, aura permis d’éviter un risque de déprise agricole en maintenant une surface agricole cultivée de proximité, d’un seul tenant, sur le plateau situé dans les « franges de l’agglomération », à 15 km de la Capitale. L’Etat persistera malgré tout dans sa volonté d’urbaniser le plateau de Saclay (2500 hectares) via l’opération d’urbanisme d’intérêt national (OIN) pour y créer une nouvelle Silicon Valley, en tant que « laboratoire de conception de la ville de demain ». Les élus du Conseil régional ont obtenu que l’Etat respecte les 2300 hectares protégés de terres agricoles productives exploitables et qu’il abandonne son projet de prolongement de l’A12 ; de plus, le Conseil de l’Europe ainsi que le Réseau Inter réseau européen des initiatives éthiques et solidaires (IRIS) ont sélectionné le Pays de Saclay pour devenir un « territoire responsable pour la cohésion sociale ». Cette promesse gouvernementale est cependant fragile et la bataille environnementale menée par les écologistes pour le maintien de « fronts urbains » n’est pour autant pas finie.
Afin d’encourager la diversification des cultures et la biodiversité entre la vallée de la Bièvre et la vallée de l’Yvette, le Conseil Régional a créé un Domaine d’Intérêt Majeur (DIM) régional sur les « agrosciences – territoires – écologie – alimentation ». Ce DIM, placé sous la houlette de l’Institut National de la Recherche Agronomique, vise à fédérer les réseaux d’acteurs, organisés autour de programmes coopératifs sur ces politiques sectorielles. Il s’agit de mieux utiliser les moyens existants. Ceci permettra notamment d’éviter l’impasse dans laquelle la Région Champagne Ardenne s’est fourvoyée en se spécialisant dans les agro-carburants. Le problème du développement des agro-carburants par rapport au « défi alimentaire » ainsi que l’obligation d’expertise exhaustive et contradictoire du bilan écologique et énergétique des agro-carburants ont leur importance. Par contre, les agro-ressources – biomasse (bois de chauffe, paille, fumier, grains…) et matériaux de construction à base végétale (chanvre, lin, Miscanthus…) – permettront de développer les éco-filières de transformation (bâtiment, textile, chimie).
A ce jour, seul 0,63% de l’agriculture cultivée en Ile-de-France est biologique, or les maraîchers biologiques demandent à être soutenus[1] et expriment leur crainte face à une probable dissémination des OGM en plein champ. Le projet de loi Grenelle 1 de l’environnement prévoit cependant que 6% de la surface agricole soit biologique d’ici 2013 et 20% d’ici 2020, 20% de bio dans la restauration collective publique ainsi que 50% de pesticides en moins d’ici 2012. Or les aides agri-environnementales, dont celles qui vont à l’agriculture biologique, ne représentant pas 5% du total des aides octroyées à l’agriculture ; ce qui au demeurant reste très insuffisant. Le débat qui s’engage sur la réforme de la Politique agricole commune, laquelle soutient davantage les grands céréaliers, est à ce titre essentiel. Garantir la relocalisation les activités permettrait de réguler pour partie l’explosion des prix sur le marché mondial des céréales, de réintroduire les circuits courts, mais surtout de créer de l’emploi de proximité au sein de nouvelles filières d’économie sociale et solidaire. Cela passe notamment par une meilleure formation. Il s’agirait donc de développer les plateformes d’initiative ou boutiques de gestion. La couveuse de Coubron (93), première pépinière d’activités rurales et agricoles, pourrait accueillir des portages de projets en maraîchage, considéré comme une porte d’entrée dans le monde de la paysannerie ; mais aussi aider à la création d’une vraie cellule agricole complète (arboriculture fruitière, polyculture, élevage et pâturage). En complément, les paysans s’engagent de plus en plus dans l’agro-tourisme telles que des journées thématiques à la ferme, les cueillettes directes à la ferme, les chambres d’hôtes.
[1] La loi de finances 2009 dans son article 113 donne la possibilité aux communes et EPCI à fiscalité propre d’exonérer de la taxe sur le foncier non bâti pendant une durée de cinq ans l’exploitant d’un terrain certifié en production biologique.







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