Le temps, la ville et l’urbaniste

21 mars 2009

Vers une « hydrodiplomatie » européenne ?

Publié par alias dans Affaires européennes

Actuellement se prépare le contre sommet de l’OTAN qui se tiendra à Strasbourg du 3 au 5 avril. Dans un précédent sur l’OTAN, j’évoquais le risque d’un délaissement de la Politique européenne de sécurité et de la défense (PESD) et concluais cet article sur un autre choix de société possible en faveur de la prévention des conflits et le respect des droits de l’homme. 

Ce Sommet de l’OTAN aura été précédé par le 5e Forum mondial sur l’eau organisé par une filiale de Véolia du 16 au 22 mars à Istanbul. A cette occasion, vingt-six agences de l’ONU placées sous l’égide de l’UNESCO ont remis leur rapport mondial sur les ressources en eau.

Ce rapport déplore qu’ «En dépit du caractère vital de l’eau, le secteur souffre d’un manque chronique d’intérêt politique, d’une mauvaise gouvernance, et de sous-investissement ». 

C’est un fait qu’ 1,1 milliards d’individus manquent d’un accès à l’eau potable et 2,5 milliards d’individus ne disposent d’aucune capacité d’assainissement. Dans les pays en développement, 80 % des maladies sont liées à l’eau.

Toutefois au-delà des questions de santé publique au demeurant primordiale, chacun s’accordera pour dire que l’or bleu est devenu un enjeu géostratégique majeur, étroitement lié à la sécurité énergétique.

Les prochaines échéances électorales européennes offriront-elles de nouvelles perspectives dans la conduite de ces politiques pour le moins cruciales ?

Certains territoires, souffrant d’un stress hydrique avancé, demeurent stratégiquement très sensibles : les zones du Nil Bleu, du Tigre et Euphrate, la Vallée du Jourdain, l’espace régional du Turkestan…

En 2025, si rien n’est fait, 4 milliards d’individus vivront dans un pays affecté par des pénuries d’eau, soit 90% de la population du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord. L’Asie consomme 70% de la consommation mondiale en eau, or sa quantité d’eau potable disponible a diminué de 50% dans les années 90, si bien que la Chine du Nord sera également très affectée. Avec 32% du tourisme mondial, le bassin méditerranéen qui ne dispose que de 3% des ressources en eau douce de la planète et concentre déjà plus de la moitié de la population la plus pauvre en eau, est un autre cas de figure problématique. Ces territoires sont sous-tension.

Le PNUD a recensé 37 cas de conflits entre Etats portant sur l’eau depuis 50 ans, dont 30 dans le seul Moyen-Orient. Plus de 3600 traités ont été signés, rendant effectif le concept naissant d’une « hydrodiplomatie ».

Les causes et conflits d’usage sont connus : l’évolution de la démographie (1 milliard d’habitant en 1800 – 6 milliards en 2000 – 8 milliards en 2025) et l’urbanisation anarchique des mégapoles (Mexico, Dacca, Bangkok…), l’évolution des pratiques agricoles et industrielles (respectivement 70% et 20% des ressources en eau utilisée), la déforestation et le tourisme, le réchauffement climatique et la désertification…

Nicolas Stern disait ainsi que le changement climatique s’exprime en degré mais se traduit en eau. Alors, quelle solution entrevoir ?

Au deçà d’une organisation mondiale de l’environnement (OME), la gouvernance européenne reste à construire.

En 2002 était née l’idée d’un Initiative Européenne pour l’Eau. Il était question de former les opérateurs locaux, de transférer les savoir-faire et de sensibiliser les acteurs de la société civile.

L’expertise européenne portait sur les techniques de dessalement (2,6% eau douce et 97,4% eau salée), la réutilisation des eaux usées, le stockage et le pompage à grande profondeur, la réparation des fuites et les économies d’eau, les plantations d’arbres et de végétaux, la capture et stockage des eaux de pluies…Où en est cette Initiative ?

Faut-il désigner un Représentant spécial du Président de l’union européenne sur les questions de l’accès à l’eau ? Etendre l’application des conventions internationales des Nations unies sur l’utilisation des fleuves internationaux afin que les barrages ne soient pas le fait exclusif des pays situés en amont des fleuves (ex Turquie) ? Accroître la transparence de l’utilisation des fonds afin de lutter contre la corruption ? L’eau doit-elle être privatisée (Suez et Veolia) ou considérée comme un bien public mondial garanti par les institutions publiques ?

La résolution adoptée par le Parlement européen le 12 mars, considérant que la distribution d’eau est très inégalitaire alors qu’elle devrait constituer un droit fondamental et universel, qualifie l’eau de bien commun de l’humanité.

Les députés refusent ainsi de définir l’eau comme un simple bien soumis aux règles du marché. Selon eux, un effort substantiel doit être fait en direction des populations les plus touchées.

Malgré la crise financière, les Etats membres devraient augmenter leurs efforts en matière d’aide au développement. Sans cela, il sera difficile d’atteindre les Objectifs du millénaire en matière d’approvisionnement en eau potable d’ici à 2015.

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