Le temps, la ville et l’urbaniste

14 août 2013

Le projet Lyon Dubaï City

Publié par alias dans Economie & clusters

La Ville de Lyon soutient le projet de reconstituer l’esprit des quartiers lyonnais dans la Cité-Etat de Dubaï, un moyen comme un autre de rayonner à l’international et d’attirer ainsi des investisseurs. Faut-il s’en réjouir ?

L’anthropologue Mike Davis, dans « Le stade Dubaï du capitalisme », porte un regard relativement critique sur ce lieu de tous les superlatifs, mélangeant consumérisme outrancier et régime autoritaire :

Grâce à la fatale addiction d’une planète désespérément assoiffée de pétrole arabe, cet ancien village de pêcheurs et de contrebandiers a déjà surpassé Las Vegas, cette autre vitrine désertique du désir capitaliste, dans la débauche spectaculaire et la surconsommation d’eau et d’électricité.

Dubaï joue le rôle de déversoir pour les surprofits pétroliers et industriels de l’économie mondiale, une suraccumulation due à l’incapacité des pays riches à réduire leur consommation de pétrole. Les prix du pétrole sont de plus tirés à la hausse par la demande de l’industrie chinoise autant que par la peur de la guerre et du terrorisme dans les régions productrices.

La majeure partie du PIB de Dubaï proviendrait toutefois à présent d’activités non pétrolières comme la finance et le tourisme.

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L’Emir PDG El Maktoum a compris que si Dubaï voulait devenir le super paradis consumériste du Moyen Orient et de l’Asie du Sud, l’émirat devait constamment aspirer à l’excès visuel et urbain : « la cité postmoderne vise à provoquer le vertige et offre un pastiche hallucinatoire du nec plus ultra en matière de gigantisme et de mauvais goût ».

Lyon sera-t-elle en capacités d’orienter ces gigantesques profits pour financer la conversion de l’économie mondiale à l’ère de l’énergie renouvelable, en étant investie dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’augmentation de l’efficacité écologique des systèmes urbains, ou va-t-elle alimenter la débauche de luxe apocalytique…(p.18) ?

Selon Jean-Michel Daclin, Adjoint au maire de Lyon en charge des relations internationales, ce partenariat a un intérêt urbanistique notamment dans l’intégration de la donnée écologique : « Comment intégrer dans un climat chaud des habitations conçues pour un climat tempéré comme celui de Lyon, sans pour autant faire des dépenses insensées d’énergie. ». Mais reconstruire Lyon dans le désert, n’est-ce pas déjà une aberration ?

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Dubaï est l’incarnation du rêve des réactionnaires américains, une oasis de libre entreprise sans impôts, sans syndicats et sans partis d’opposition (p.28). Dans un pays qui n’a aboli l’esclavage qu’en 1963, les syndicats, les grèves et les agitateurs sont généralement hors la loi, et 99% des salariés du secteur privé sont des étrangers expulsables sur le champ.

Dubaï viole systématiquement les règles de l’OIT et refuse de signer la convention des Nations Unies sur les droits des travailleurs migrants. En 2003, l’ONG Human Rights Watch a accusé les Emirats Arabes Unis de construire leur prospérité sur le travail forcé. A leur arrivés, les travailleurs asiatiques se voient confisquer leur passeport et leur visa (p.36).

En signant le 9 janvier 2008 un accord pour la reconstitution de quartiers d’inspiration lyonnaise dans la ville de Dubaï avec un investisseur, la Ville de Lyon a-t-elle négocié, en contrepartie de ses apports techniques, l’application des règles de l’OIT ?

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Dans les années 1980-1990, Dubaï serait devenue la capitale régionale du blanchiment d’argent sale ainsi que le repaire de truands et de terroristes notoires selon le Wall Street Journal (p.21).

Ainsi, en 2006, une OPA lancée par Dubaï sur une entreprise londonienne qui gère de nombreux ports aux Etats Unis provoqua un scandale du fait de la connexion terroriste de Dubaï, effet collatéral de son rôle de Suisse du Golfe. Depuis 2011, une ample documentation illustre le rôle de Dubaï comme « centre financier des groupes islamistes radicaux », en particulier Al-Qaida et les talibans, nous précise Mike Davis (p.22).

Plus récemment, Dubaï servirait également de base aux Américains pour espionner l’Iran, mais il est probable qu’El Maktoum conserve un canal ouvert avec les islamistes radicaux. Dubaï est l’une des seules villes de la région à avoir complétement échappé aux attentats à la voiture piégée et aux attaques, probablement dû au statut de l’émirat en tant que zone de blanchiment d’argent et refuge haut de gamme, tout comme Tanger dans les années 1940 ou Macao dans les années 1960 (p.24).

En encourageant l’Emirat à placer ses fonds souverains dans le rachat de la la rue de la République ou à financer le Grand Stade de l’OL, Lyon compte-t-elle ainsi contribuer à la moralisation de la sphère financière ?

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Davis, M., Le Stade Dubaï du capitalisme, Les prairies ordinaires, les Belles Lettres, novembre 2007.

17 décembre 2012

Compétitivité et qualité de vie sont-elles seulement conciliables ?

Publié par alias dans Finances & fiscalité

Selon Laurent Davezies, auteur de « La République et ses territoires », les lieux de croissance ne sont plus nécessairement ceux du bien-être.  Beaucoup de responsables politiques vivent encore aujourd’hui avec l’idée surannée que pour favoriser le développement de leur territoire, la seule planche de salut consisterait à dynamiser leur appareil de production, à augmenter la qualification de leur emplois, à attirer des emplois métropolitains supérieurs, sans prendre conscience que facteurs de production et facteurs de développement ne s’articulent plus nécessairement, nous dit l’auteur. Il faut pour le comprendre : « se défaire d’une certaine idéologie qui conduit à évaluer toute performance et tout situation à la lumière du seul PIB ».

Gérard Collomb pense qu’en créant des richesses, celles-ci bénéficieront aux territoires non productifs, conformément aux théories de Laurent Daviezes. On observerait des territoires riches d’un appareil productif moderne qui voient s’accumuler les problèmes sociaux, et des territoires a priori dépourvus de tels atouts où il fait plutôt bon vivre. « Conjuguée à la mobilité croissante des personnes, s’organise une circulation invisible des richesses qui remodèle en profondeur la géographie française ». En même temps que « les disparités de PIB par habitant tendent à se creuser entre nos territoires, on observe un étonnant rééquilibrage de leur revenu, de leur emploi et de leur peuplement ».

Il faudrait donc cesser de « considérer les territoires uniquement comme supports de croissance : ils sont autant de supports de redistribution, de mobilité, de consommation ». L’une des raisons de ce rééquilibrage tient à « l’existence de puissants mécanismes de redistribution du revenu liés aux prélèvements, aux dépenses publiques et aux transferts sociaux ». Les dépenses publiques représentaient 28% du PIB en 1950 et 55,4% en 2003 (56.3% en 2013). « Le plus fort changement n’a donc pas été du côté de la mondialisation mais de la mutualisation, et pourtant, on ne cesse de déplorer le retrait de l’Etat et la montée de la mondialisation libérale » (p.15). 

Gérard Collomb craint alors que le Parti socialiste ne soit enfermé dans une vision d’une social-démocratie classique « fondée sur l’intervention de l’Etat, par la redistribution et la réglementation ». Il considère que ce sont désormais les métropoles et non l’Etat qui portent la compétitivité du pays et conteste l’ingérence étatique dans la gouvernance territoriale. Ainsi critique-t-il avec fermeté les fondements du fonds de péréquation des ressources intercommunales, car cette péréquation imposée par l’Etat aux métropoles les plus riches au nom de la solidarité  (ex : FPIC, soit un prélèvement de 3,3 millions d’euros en 2013 passant à 10,3 millions d’euros en 2017, sur un budget communautaire annuel de 2 milliards d’euros) pourrait bien affecter les locomotives déjà indirectement contributives.

Ainsi, l’ampleur de cette solidarité redistributive pourrait être trop importante, trop juste pour ceux qui tirent la croissance, suivant l’adage « l’impôt tue l’impôt » (Laffer) ? L’auteur répond que ces mécanismes de redistribution sont un fait sédimentaire de civilisation à l’échelle de l’histoire. Selon la loi Wagner, la part socialisée du revenu augmente quasi mécaniquement avec le développement et la complexification des sociétés, sous l’impulsion des électeurs et des mouvements sociaux. Le standard de solidarité sociale continue de s’élever. Par ailleurs, nous dit l’auteur : « l’idée que l’impôt tue l’impôt commence à dater, apparaissent même des études alternatives comme ceux de Thomas Piketty qui illustrent plutôt les vertus économiques du prélèvement direct sur les agents disposant des plus gros revenus.» (p.20). On peut aussi se demander, nous dit l’auteur, si une pénalisation fiscale ne constitue pas  plutôt une incitation à plus d’efficacité productive (ex : abandon de certains projets pharaoniques, arbitrages budgétaires en faveur de la transition écologique…).

Si la péréquation peut, pour les pessimistes à savoir les centristes, inhiber l’initiative, on peut aussi penser qu’elle permet la prise de risque. Elle a pour effet d’étaler, d’absorber les chocs que peuvent subir certains agents ou certains territoires (p.22). « Ces mécanismes d’amortissement ont un impact économique positif ». On peut considérer que ce mécanisme de mutualisation permet d’assurer une sorte de justice de long terme par le fait de garantir demain la contrepartie de l’effort consenti aujourd’hui, il est un accélérateur du développement territorial en réinvestissant le surplus des territoires riches dans le développement des territoires pauvres. Le dilemme efficacité/égalité territoriale ne devrait pas faire couler autant d’encre selon l’auteur : « On peut, dans une même politique, viser à la fois l’efficacité avec une concentration spatiale de la production et l’égalité avec la répartition du  revenu. » (p.52). Mais c’est faire fi de la mixité fonctionnelle, de la capacité de résilience, et de l’autonomie policito-financière de chacun des territoires. Chaque territoire devrait pouvoir bénéficier d’une base économique et d’un secteur domestique (production, consommation, service public), me semble-t-il. Utopique ?

La péréquation est une question d’équilibre et de rythme, me dira-t-on, et les besoins existent aussi dans chaque métropole. Les lieux de croissance ne sont « ni les plus attractifs du point de vue des choix de résidence, ni ceux que luttent le plus efficacement contre la pauvreté, ni ceux où le revenu par habitant progresse le plus vite » selon Laurent Davezies. Si les zones productives créent du PIB, les emplois se développent plus rapidement dans les zones les moins actives, du fait de l’économie résidentielle. « Le Rhône enregistre globalement des variations de revenus décevantes entre 1990 et 2004 : On est donc loin de cette captation économique si souvent reprochée aux métropoles françaises ». Les territoires les plus productifs (PIB) génèrent désormais plus de pauvres chez eux, tout en contribuant via les transferts publics et privés de revenus, à réduire la pauvreté dans les territoires résidentiels. « Nos grandes métropoles n’ont le vent en poupe que sur le papier ». Comparées aux communautés métropolitaines, les MEIE enregistreraient des évolutions oscillant entre le médiocre et l’inquiétant (p.83). Ce que ne démontre pourtant pas le document de la  DGCL :

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Si le Grand Lyon a gagné plus de 80 000 habitants entre 2008 et 2012 (intégration de Lissieu de 3204 habitants comprise), et si le revenu médian a progressé de 4,6% de 2004 à 2009 sur l’agglomération (les prix à la consommation ont augmenté de 12,6% sur cette même période), il est vrai que des poches de pauvreté apparaissent. Tandis que certains habitants de l’ouest lyonnais tenus par les centristes s’enrichissent, les habitants de Vénissieux enregistrent une baisse de 4% de leur revenu médian ; la diminution étant encore plus marquée pour les ménages modestes, selon l’observatoire de la cohésion sociale et territoriale de l’Agence d’urbanisme. « Ce qui fait problème à gauche, ce ne sont pas les finalités, mais les moyens » écrira Gérard Collomb. « La politique de gauche dans ses fins, conduite par la droite dans ses moyens, voilà au fond le point d’équilibre idéal des électorats européens aujourd’hui » (p.54).  Et les centristes à la tête du Département de répondre sur la dotation de solidarité communautaire (DSC, soit 20,4 millions d’euros en 2013 sur un budget communautaire de 2 milliards d’euros) : ils n’avaient qu’à créer des zones d’activités, on ne va pas tout de même toujours ponctionner les mêmes ! Sauf que les revenus dans les quartiers CUCS prioritaires sont deux à trois fois inférieurs que dans le reste de l’agglomération lyonnaise.

Alors que les inégalités de revenu ont eu tendance à décroître entre nos régions et nos villes, elles ont augmenté à l’échelle fine de nos agglomérations, selon Laurent Davezies. « Au niveau national, dominent des grandes machines collectives, économiques et sociales, qui permettent la convergence des revenus, à l’échelle locale, ce sont les comportements ségrégatifs des ménages qui défont la cohésion sociale et locale – souvent relayés  par les stratégies des élus locaux ». Dans le registre du développement humain et de la cohésion sociale, c’est à l’intérieur de nos métropoles que les situations se dégradent de la façon la plus inquiétante (p.108). Pourtant, la péréquation communautaire peut et pourrait davantage s’opérer sur les grandes politiques générales (foncier, aménagement, développement, financement de droit commun en plus des crédits spécifiques sur les quartiers politique de la ville) et les fonds de concours (équipements), voire les dotations (DSC..). Pour développer une agglomération plus solidaire, sans doute faudrait-il revoir le mode de scrutin des élus communautaires, afin que ces derniers puissent être choisis sur un projet plus fédérateur.

16 octobre 2012

PNR du Haut Jura

Publié par alias dans Escapades

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18 septembre 2012

Politiques foncières et outils fiscaux (Urbalyon)

Publié par alias dans Aménagement & urba

Certains édiles socialistes semblent encourager la spéculation annonciatrice (gentrification des quartiers en politique de la ville) et redouter la spéculation de pénurie (celle due à un manque de quartiers équipés avec des services et équipements en nombre suffisants), mais ne semblent guère s’alarmer des ravages provoqués par la spéculation financière (cf vidéo de Moscovici à propos des SCII).

Leur politique les conduit à contrer la rétention et à encourager la spéculation, or les deux phénomènes sont intiment liés, entraînant des villes dans des spirales inflationnistes, dynamiques reflétant la bonne attractivité et la performance économique de leur agglomération, mais au détriment de la cohésion sociale et territoriale, et surtout du maintien de la fonction populaire des centres urbains.

La politique dite écologiste, disons plutôt environnementaliste, consistant à reconstruire la ville sur elle-même peut engendrer des phénomènes spéculatifs, or, les néo-classiques sous-estiment trop souvent le rôle joué par les propriétaires fonciers. Certains édiles ont crû pouvoir répondre à la crise du logement en augmentant l’offre foncière ou immobilière, mais cette politique de l’offre n’a pas eu les effets escomptés sur les prix (cf COS+ au Japon dans les années 80 ; Ville de Houston).

En effet, le compte à rebours nous enseigne que les prix fonciers dépendent des prix immobiliers : sur les marchés fonciers, s’échangent des droits à bâtir plus que des terrains à bâtir. Or, augmenter les densités autorisées augmente les revenus du promoteur en fin d’opération et par conséquent le montant qu’il est prêt à dépenser pour acquérir le foncier.

Ainsi, la part du prix des terrains dans les opérations immobilières à Tokyo y a atteint 80%, si bien que la machine s’est grippée. Le gouvernement japonais a alors décidé de taxer la rétention foncière par une augmentation de l’impôt foncier annuel et a mis en place des politiques de softisation immobilière (cela consiste à construire sur le terrain d’autrui en n’imputant pas le foncier dans les projets de construction).

Trois leviers permettent d’agir sur l’usage des sols : le levier réglementaire, le levier opérationnel, ainsi que le levier fiscal et économique. Afin de lutter contre la rente foncière, deux principales solutions ont pu être mises en oeuvre en Europe : la municipalisation (Pays-Bas) et le prélèvement des plus-values par des taxes ou un impôt foncier (georgisme, Danemark).

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22 août 2012

PNR Ardèche

Publié par alias dans Escapades

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16 août 2012

L’esprit de Philadelphie (A.Supiot)

Publié par alias dans Economie & clusters

« L’esprit de Philadelphie, la justice sociale face au marché total », ouvrage d’Alain Supiot, pourtant conseillé à la lecture par le Ministère de l’économie et du redressement productif, n’y va pas de mains mortes avec les ultralibéraux mais aussi avec les strauss-kahniens/jospinistes, plus enclins à adapter qu’à véritablement réformer le système. L’auteur est Directeur de l’Institut d’études avancées de Nantes, son propos est sévère et quelque peu redondant. Il effectue des rapprochements historiques pour le moins surprenants.

Selon l’auteur, le problème ne consisterait pas à réguler les marchés mais à les réglementer, ce qui nous obligerait à revenir sur le terrain politique et juridique, afin d’y établir l’ordre des fins et des moyens entre les besoins des hommes et l’organisation économique et financière. Autrement dit, il faut renouer avec l’inspiration de la déclaration de Philadelphie laquelle, au sortir de la guerre, avait entendu mettre l’économie et la finance au service des principes de dignité humaine et de justice sociale (p.94). Pour cela, il est nécessaire de retrouver le sens des limites, de la mesure, de l’action, de la responsabilité et de la solidarité.

La déclaration de Philadelphie de mai 1944, proclamant les buts et objectifs de l’Organisation internationale du travail, est considérée comme un texte précurseur aux accords de Bretton Woods, à la création de l’organisation des Nations Unies, à la déclaration universelle des droits de l’homme. Cet esprit de Philadelphie aurait été dénaturé par les gouvernements Reagan et Thatcher (p.29), lesquels visèrent au démantèlement du Welfare State. Les strauss-kahniens et jospinistes leur auraient emboîté le pas (le propos manque de mesure).

L’auteur dénonce toute pensée considérant les hommes scientifiquement comme du matériel humain (terminologie nazie) ou du capital humain (terminologie communiste), selon un calcul qui se voudrait utilitariste. Désormais, ce ne sont plus seulement les primitifs qui sont regardés et traités comme des choses (cf découverte de l’Amérique, exploration de l’Afrique). mais aussi les peuples civilisés. Or, cette synthèse s’est opérée sous l’égide du scientisme (p.12). La croyance en des lois découvertes par le Science remplace celle en des lois révélées par Dieu. Ainsi, l’exposition universelle de Chicago en 1933 eut pour slogan « la science trouve, l’industrie applique, l’homme s’adapte ». La classification de l’humanité en races hiérarchisées est née à l’ombre des Lumières. (p.15). (le propos manque de mesure).

Limiter la démocratie, en soustrayant la répartition du travail et des richesses, de même que la monnaie, à la sphère politique, est considéré comme nécessaire par les ultralibéraux, afin empêcher les populations ignorantes de se mêler des lois de l’économique qui échappent à leur entendement (p.32). (le propos manque de mesure). Etant donné que les normes scientifiques et religieuses sont les seuls à échapper au débat politique dans une société démocratique, il faut donc croire et faire croire que l’économie relève de la science pour la dépolitiser (p.33).

La nouvelle doctrine se rattache à celle de Friedrich Hayek, selon lequel « les droits économiques et sociaux consacrés par la Déclaration universelle de 1948 ne pourraient être traduits dans des lois contraignantes sans du même coup détruire l’ordre de liberté auquel tendent les droits civils traditionnels ». La doctrine ultralibérale postule, à l’encontre de la déclaration de Philadelphie, que l’insécurité économique des travailleurs et leur exposition au risque sont les moteurs de leur productivité et de leur créativité. (le propos manque de mesure). Elle fait en revanche de la sécurité financière un impératif catégorique dont le respect doit être imposé aux Etats par des institutions échappant à tout contrôle démocratique (p.34).

La révolution ultralibérale a eu pour corollaire la doctrine néoconservatrice, laquelle entendait construire un nouvel ordre international fondé sur la confrontation avec les pays ne partageant pas leur manière de voir le monde et de mise en concurrence à l’échelle internationale. Héritée de David Ricardo, l’idée est d’inciter chaque pays à tirer le meilleur parti de ses avantages comparatifs supposés, ce qui implique d’éliminer les obstacles réglementaires au libre jeu des marchés (p.35).

Ainsi, la déréglementation des marchés financiers a été largement l’œuvre du gouvernement Bérégovoy et l’importation du modèle anglo-américain d’entreprise, celle du gouvernement de M. Jospin et de son Ministre de l’Economie, M. Dominique Strauss-Kahn (détaxation des stock-options, autorisation du rachat par les sociétés de leurs propres actions…) (p.35).

Le contraste entre l’accord de Marrakech – instituant l’OMC – et la déclaration de Philadelphie – instituant l’OIT – est saisissant. Désormais, l’accroissement de la production et du commerce de marchandises et de services sont traités comme des fins en soi (p.63). Et pour aider les consommateurs de droit à faire leur choix sur le marché des normes, la banque mondiale publie depuis 2004 un rapport Doing Business, évaluant les droits nationaux à l’aune de l’efficacité économique (p.66), soutenant la course au moins-disant social.

Or, pour que l’Europe sociale voit le jour, il aurait fallu concevoir l’adhésion des ex pays communistes non comme un simple élargissement mais commune une réunification de l’Europe. Cela impliquait la conclusion d’un pacte fondateur, le financement d’un plan Marshall en faveur de l’Est, l’Est acceptant en retour de ne pas recourir au dumping social et fiscal. A contrario, on a plaqué l’économie de marché et le dialogue social sur des pays sans entrepreneurs et sans syndicats (p.38).

Les pays de l’Est ont pu sans difficultés substituer la dictatures des marchés à celles du prolétariat dans une conception de la légalité demeurée inchangée (cf la Corporate Republic selon James K.Galbraith, l’instrumentalisation du Droit de part la substitution du rule by law au rule of law, la sécession des élites selon Christopher Lasch). Il en résulte une privatisation de l’Etat providence par une oligarchie.

Les spécialistes parlent d’effet Matthieu pour désigner la capacité des forts à devenir les premiers bénéficiaires des dispositifs visant à améliorer le sort des faibles. L’une des nouveautés de l’économie communiste de marché réside dans l’apparition d’une oligarchie qui a la possibilité de bénéficier pleinement des mécanismes de solidarités sans devoir y contribuer à proportion de ses revenus (p.51).

En France, le bouclier fiscal adopté en 2007 est devenu le symbole de cette rupture proportionnelle dans la contribution aux charges publiques. Dans le même temps, une part croissante de l’argent public est employée à protéger les avoirs et soutenir les revenus de cette oligarchie financière, notamment au travers de l’accroissement de la dette publique (p.52). L’auteur dénonce la NPM et le pantouflage…

A côté de la justice distributive et de la justice corrective, Aristote voyait dans la réciprocité proportionnelle une troisième forme de justice nécessaire à la vie de la cité. Francis Bacon dans son « Essai de morale et de politique » estimait que « l’argent, comme le fumier, ne fructifie que si on prend soin de le répandre » (p.45).

Or, réduite à l’état de monade contractante et calculante, l’être humain n’est plus soumis qu’à deux types de règles : celles qui auraient un base scientifique et celles qu’il se fixe librement à lui-même (p.48). Ainsi, le droit du logement se délite, laissant place au droit individuel opposable au logement. Sous la forme individuelle de la loi pour soi et du soi pour loi, ce passage de la territorialité à la personnalité des lois est l’expression juridique du narcissisme qui caractérise le dernier état de la culture d’Occident (p.101), encouragé par la CJCE. La sous-traitance n’est autre qu’une technique d’inféodation. Désormais, le statut n’est plus garanti par les lois mais dépend de la solidité des liens affectifs et économiques qu’il a pu tissu avec autrui. Terreau propice au narcissisme et à la dépression (p.109).

Face à une CJCE ultralibérale, il conviendrait de renforcer la CEDH, laquelle a adopté une méthode d’interprétation de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme qui se réfère aux PGD des nations civilisées, et intègre toutes les normes internationales et européennes du travail (OIT, charte des droits fondamentaux de l’Union européenne) (p.121).

L’auteur critiquera les indicateurs de développement humain, plaquant une normativité ignorante des situations locales (p.127), et préfère utiliser les termes de liberté/flexibilité, capacité/employabilité et état professionnel/capital humain. Enfin, il promeut une responsabilité solidaire des entités juridiques constitutives de l’entreprise, à défaut de pouvoir appliquer l’adage romain « où est le profit, là est la charge » (cf Oil Pollution Act de 1990).

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Supiot, A. , L’esprit de Philadelphie, Le Seuil, 2010.

13 août 2012

Croissance (PIB) /développement (revenus) ?

Publié par alias dans Economie & clusters

Laurent Davezies, professeur à Paris I et IEP Paris, auteur de « La République et ses territoires : la circulation invisible des richesses » prend dans son ouvrage le contre-pied de Daniel Cohen, auteur des « Trois leçons sur la société post-industrielle ».

Il reproche à ce dernier de suivre les théories de Krugman, celle de la nouvelle économie géographique, selon laquelle il existerait un déséquilibre cumulatif au profit des métropoles les plus riches.

Or, le modèle ricardien des avantages comparatifs productifs ne serait plus pertinent, du fait de la montée en puissance des flux de revenus non directement liés à la production locale (PIB).

Ainsi, la compétitivité productive des territoires n’a d’incidence que sur le quart de la puissance du moteur de développement que constituent les flux de revenus basiques. Cependant, issus d’une culture encore fortement marquée par le productivisme, d’inspiration libérale ou marxiste, les élus se méfient instinctivement des stratégies purement résidentielles.

Il faudrait revenir à une représentation fondamentaliste de la base économique fondée sur l’analyse du revenu et non des activités (p.57). Aujourd’hui, force est de constater que les populations quittent les régions les plus développées pour se porter vers des régions moins riches. (Lire la suite…)

13 août 2012

PNR Livradois-Forez

Publié par alias dans Escapades

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2 août 2012

Reality and Fantasy

Publié par alias dans Culture

22 juillet 2012

De l’accession sociale à la propriété (J.Baudrillard)

Publié par alias dans Aménagement & urba

La rareté expliquerait pour certains que les besoins de tous ne soient pas satisfaits. La solution résiderait alors dans la nécessité de produire davantage. Devant faire face à une nature limitée, certains considèrent comme un risque très sérieux le fait que la croissance de la population soit plus rapide que la croissance économique ; or, si un besoin aussi primaire que la nourriture n’est pas satisfait, les hommes se tueront pour s’arracher le pain de la bouche.

Pour d’autres, le problème ne viendrait pas tant d’une nature limitée que de la cupidité des hommes, lesquels utiliseraient mal leurs ressources. Or, selon Veblen, il existe un conditionnement social des besoins, qu’ils soient de consommation ou moraux.

Les besoins moraux pourraient être définis comme l’affirmation ou la revendication de nos droits : droit d’être reconnu, d’être aimé, de participer…Leur défense est bien souvent prise en charge par les mouvements sociaux, puis par les pouvoirs publics. Ils visent un certain ordre social qu’il s’agit de changer ou de préserver, par la création de services publics relatifs à la santé, l’éducation, le logement, la sécurité.

Ces besoins, mêmes réputés primaires, peuvent être satisfaits de manière très différente et leur satisfaction constitue pour la société des charges de poids variables. Ils correspondent à des habitudes progressivement construites et légitimées par références à des passions générales et dominantes (Tocqueville).

D’après Boudon, diverses parties trouvent leur intérêt à pervertir le processus de définition des besoins sociaux, non seulement en les dénaturant, mais en faisant du besoin, non plus une attente à satisfaire mais un instrument de dépendance et d’exploitation : Par la publicité, les producteurs s’emploient à nous faire avaler leurs produits ; par la démagogie, les hommes politiques attisent la revendication, dans l’espoir d’être appelés à la satisfaire. 

« Ne vous laissez pas séduire », répondra Jean Baudrillard, toujours prêt à inverser les signes de son propre regard. Le monde est ce qu’il est, il a ses propres signes : « J’aime bien ce renversement des rôles, c’est l’objet qui passe à travers l’objectif et non le sujet qui impose son objet, c’est le monde qui s’écrit de lui-même, mais quand même grâce à l’objectif. La technique aide l’objet à se débarrasser du sujet.».

Post structuraliste, il estime réaliser une involution par rapport à l’Histoire. « On descendait de la transcendance de l’Histoire dans une espèce d’immanence de la vie quotidienne, et à travers elles toutes ces choses telles que la sexualité qu’on avait largement oubliées dans l’idéalisme historique ». Egalement, « La séduction représente la maîtrise de l’univers symbolique, alors que le pouvoir ne représente que la maîtrise de l’univers réel. »

« L’homme n’est pas là d’abord, avec des besoins, et voué par la Nature à s’accomplir en tant qu’Homme. Cette proposition, qui est celle du finalisme spiritualiste, définit en fait dans notre société la fonction-individu, mythe fonctionnel de la société productiviste. Tout le système de valeurs individuelles, toute la religion de la spontanéité, de la liberté, de la créativité…, sont lourds  de l’option productiviste.

Même les fonctions vitales sont immédiatement fonctions du système. Il faut renverser les termes de l’analyse, abolir les références cardinales à l’individu, parce qu’elle est elle-même un produit de la logique sociale. S’il mange, s’il boit, s’il se loge, s’il se reproduit, c’est que le système a besoin qu’il se reproduise pour se reproduire (p.92). »

Il ne veut pas dire que l’individu est un produit de la société, mais que dans une logique totalitaire, le système de croissance productiviste ne peut que produire et reproduire les hommes dans leurs déterminations les plus profondes, dans leur liberté, dans leurs besoins, dans leur inconscient même, comme forces productives. Le système ne peut que produire et reproduire les individus en tant qu’éléments du système (p.93).

« Il n’y a jamais eu de sociétés de pénurie ni de sociétés d’abondance, puisque les dépenses d’une société s’articulent en fonction d’un excédent structurel et d’un déficit tout aussi structurel. Un surplus énorme peut coexister avec la pire misère. C’est la production de ce surplus qui régit l’ensemble et le seuil de survie n’est jamais déterminé par en bas mais par en haut.

On sait que ce sont les plus défavorisés qui gaspillent de façon la plus irrationnelle. On sait que le jeu fleurit en fonction directe du sous-développement. Il y a même une corrélation étroite entre le sous-développement, le surnombre des classes pauvres et le développement tentaculaire du religieux, du militaire, du personnel domestique, du secteur dispendieux et inutile (p.85). »

Sa théorie des objets et de la consommation se fonde non sur une théorie des besoins et de leur satisfaction, mais sur une théroie de la prestation sociale et de la signification : « C’est parce que des générations bourgeoises ont pu jouir du décor fixe et séculaire de la propriété que leurs héritiers peuvent aujourd’hui se donner le luxe de renier la pierre de taille et d’exalter l’éphémère : cette mode leur appartient.

Par contre, toute le générations de classes inférieures, dont les chances dans le passé d’accéder aux modèles culturels en même temps qu’à la propriété durable furent nulles – à quoi veut-on qu’elles aspirent, sinon à vivre elles aussi le modèle bourgeois, et à fonder à leur tour, pour elles et pour leurs enfants, une dynastie dérisoire dans le béton des résidences ou la meulière des pavillons de banlieue – comment peut-on exiger de ces classes aujourd’hui « promouvables » qu’elles ne sacralisent pas l’immobilier et acceptent d’emblée l’idéalité des structures mobiles ? Elles sont vouées à désirer ce qui dure, et cette aspiration ne fait que traduire leur destin culturel de classe (p.42).

« Maison, logement, appartement : nuances sémantiques, liées à la production industrielle ou au standing – mais à quelque niveau qu’on se situe en France, l’habitat aujourd’hui n’est pas perçu comme bien de consommation. Il reste très proche du bien patrimonial et le schème symbolique en est encore très largement celui du corps.

Or, pour que s’institue une logique de consommation, il faut de l’extériorité du signe, il faut que la maison cesse d’être héréditaire ou intériorisée comme espace organique de la famille. Il faut sortir de la filiation et de l’identification pour entrer dans la mode. Seul un certain revenu discrétionnaire permet de jouer avec les objets comme signes de statut.

Or, en matière de domicile, en France tout au moins, la marge est restreinte pour le jeu, par la combinatoire mobile de prestige pour le changement. Aux Etats-Unis, par contre, on voit le logement s’indexer sur la mobilité sociale, sur la trajectoire de carrière et de statut, il est soumis à la même obsolescence accélérée que n’importe quel autre objet de standing (p.65). »

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Baudrillard J., Pour une critique de l’économie politique du signe, Gallimard, 1977.

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